-
Visiter la Rome antique en 3D dans Google Earth Google Earth vient d'être enrichi d'un nouveau calque qui permet de visiter Rome telle qu'elle était en 320 apr. J.-C.. Les mordus d'histoire pourront y retrouver pas moins de 6700 bâtiments disséminés dans les rues de la ville avec 716 textures ... -
Vers une marchandisation des manifestations ?
Marc-Antoine Carreira da Cruz, licencié en sciences politiques, titulaire d'un DEA en sciences politiques à l'Université Libre de Bruxelles
Il y a maintenant quelques mois, on découvrit qu'une entreprise allemande avait créé un nouveau concept : la location de manifestants. Ce fait a été relaté dans la presse de façon étonnement sobre, et il serait intéressant de se pencher sur ce qui apparaît comme un phénomène dangereux pour la démocratie.
Les manifestations ont existé de tout temps : De la fête des Fous au Moyen-Age aux manifestations altermondialistes du XXI ème siècle, elles furent et sont présentes aux quatre coins du globe : du défilé silencieux de la Marche Blanche au soulèvement populaire d'Oaxaca au Mexique, elles traversent tous les peuples, toutes les communautés, pour toutes les causes : Danseurs de la Gay Pride de Berlin, étudiants contre le CPE, malades du SIDA suds-africains, les hommes ont en commun le besoin vital de manifester pour exprimer collectivement une colère, une crainte, de la joie ou de la tristesse.
Ce besoin est aussi un droit. Un droit de l'Homme mais aussi un droit politique, élevé à ce titre suite à un combat historique incessant pour lequel tant d'hommes et de femmes sont tombés, et pour lequel tant d'autres sont encore aujourd'hui arrêtés, torturés et tués. La manifestation est, comme toute forme d'expression, victime de récupération et de dérapages, mais elle demeure à ce jour l'un des moyens incontournables pour n'importe quel citoyen de faire entendre sa voix, d'affirmer sa présence, de marquer son soutien à un mouvement ou à une idée librement. Elle est donc un bien infiniment précieux pour toute société qui se veut démocratique car elle permet à celle-ci d'observer les symptômes des malaises dont elle souffre ou des progrès qu'elle accomplit, en cela, elle constitue l'un des baromètres les plus important de l'harmonie de la communauté humaine.
Hors, l'idée lancée par cette entreprise allemande a des implications bien plus malsaines qu'il n'y paraît. Sur le plan strictement moral, on voit un forme d'action politique, citoyenne, ou culturelle, devenir un bien commercial : l'action devient dénuée de tout fondement décisionnel, elle ne ressort plus d'une conscience mais d'un achat. Il en est de même pour l'auteur de l'action, le manifestant qui n'est plus qu'un moyen de production permettant d'exploiter le bien loué. Cette logique, purement commerciale, a de ceci terrifiant qu'elle balaye toute raison et toute éthique. En effet, on ne juge pas un service commercial sur sa moralité mais sur sa valeur marchande. La démarche d'effort et de réflexion que le manifestant tend à accomplir habituellement n'a désormais plus aucun sens puisque ne faisant plus partie du registre de constitution de la manifestation. Désormais il ne s'agit plus de mobiliser les gens pour une manifestation mais d'appeler une société pour me fournir un produit fini : le manifestant, pour en avoir un autre : la manifestation. Songeons un instant que cette société allemande ne décide d'étendre sa gamme de service aux autres droits politique et actes citoyens, et bien vite on se rend compte de la nature profondément perverse d'un tel concept : A quand la possibilité d'engager quelqu'un pour aller voter ? Ou de demander des honoraires pour aider quelqu'un dans un acte de simple entraide ou de galanterie ? Pourquoi ne pas facturer la Brabançonne par strophes apprises ? On criera à la caricature. Pourtant, il est inquiétant de voir le silence face au nouveau concept caricatural de cette entreprise allemande : un silence qui fait frémir et qui est bien plus que caricatural. Face à ce qui apparaît comme une forme de « militantisme de marché » relevant d'une pure et simple marchandisation d'un Droit fondamental, il me semble vital de rappeler aux élites politiques comme à la population que les droits ne se marchandent pas, et que la conscience n'est pas un compte bancaire ou un contrat de travail, sauf aux yeux de certains…
0 commentaires sur Betapolitique