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Sachez recevoir La présidence française est clairement un échec sur le plan de l’organisation. Encore une fois, aujourd’hui, les services gouvernementaux ont démontré leur incapacité à organiser de façon efficace un événement aussi simple qu’un sommet UE-Russie, qui ne mobilise pourtant que trois délégations : celle de la Russie, celle de la présidence tournante et celle des institutions communautaires (Commission et Haut représentant pour la politique étrangère).
À leur arrivée au Palais des rois Sardes – arrivée difficile, la sécurité atteignant un degré proche de l’hystérie —, les journalistes ont ainsi eu la surprise de découvrir une salle de presse limitée à 110 places alors que plus du double d’entre eux avaient fait le déplacement depuis Bruxelles, Paris ou Moscou. La présidence française a-t-elle été prise par surprise ? Que Nenni ! Depuis la crise géorgienne, qui a éclaté en août dernier, il y a trois mois, il était évident que les médias se mobiliseraient pour suivre un tel événement. Résultat : il a fallu se tasser – ce qui m’a permis de faire connaissance d’une collègue estonienne vu notre extrême proximité… — , se prêter les câbles de connections à internet ou prier pour que le wifi ne tombe pas en panne ou bloque, ce qu’il a évidemment fait à plusieurs reprises. Beaucoup de journalistes, découragés, sont rentrés à leur hôtel pour travailler.Ce n’est pas la première fois que le gouvernement se laisse surprendre par l’afflux de journalistes,
comme s’il avait oublié que l’Europe des
Six n’était plus qu’un lointain souvenir. Ainsi, lors de la réunion des
ministres des Affaires étrangères à Avignon ou des ministres des
Finances, à Nice, les journalistes se sont retrouvés à la rue. Qui plus
est, les moyens de communication mis à la disposition des radios et des
télévisions se sont à chaque fois révélés insuffisants en bande
passante et le wifi plus qu’approximatif. Cette affaire est loin d’être
anecdotique, un journaliste pour informer ses lecteurs, auditeurs et
téléspectateurs devant pouvoir travailler dans des conditions normales.Chacun regrette la présidence slovène qui fut un bonheur sur le plan technique. Il faut dire, qu’à la différence de la France qui persiste à vouloir organiser les réunions ministérielles à travers tout son territoire et dans des lieux (comme le Palais des Papes à Avignon ou le Palais des rois Sardes à Nice) qui ne sont absolument pas faits pour cela (pas de place, pas de moyens techniques), la petite République balkanique à tout centralisée dans un seul centre de presse à Ljubljana, équipé de fibres optiques. Bref, la France dépense beaucoup d’argent pour organiser un cirque ambulant pour un piètre résultat. Au palmarès des présidences techniquement ratées, la France figure désormais solidement aux côtés de la Grande-Bretagne, autre grand désastre dans la mémoire des journalistes.
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Bruxelles plie devant Moscou Jeu, set et match pour Moscou. A l’occasion du sommet Union européenne/Russie, qui a eu lieu ce matin Ã
Nice, la Russie a obtenu la réouverture, dès le 2 décembre, des négociations de « l’accord de partenariat et de coopération (APC) » - « suspendues » le 1er septembre afin de sanctionner sa guerre contre la Géorgie –, alors même que son président, Dmitri Medvedev, n’a pas caché qu’il considérait que le dossier géorgien était désormais clôt. Mieux, le président russe a reçu l’appui de l’Union pour qu’une négociation sur la future architecture de sécurité européenne s’engage dès 2009 afin d’aboutir à un « traité de sécurité européenne », une vieille idée russe dont le but premier est de paralyser le déploiement du bouclier antimissile américain en Pologne et en République tchèque. Medvedev est reparti content de la côte d’Azur…Certes, Nicolas Sarkozy, président en exercice du Conseil européen des chefs d’Etat et de gouvernement, a insisté, lors de la conférence de presse finale, sur le fait que la Russie n’avait pas encore entièrement appliqué les « engagements pris » et qu’il fallait « qu’il y ait des progrès dans le retrait des forces russes », notamment dans les régions auparavant sous contrôle géorgien (Pérévi et Akhalgori en Ossétie du sud et les gorges de Kodori en Abkhazie). Medvedev, impavide, lui a répondu qu’il estimait que « le plan Medvedev/Sarkozy avait été mis en œuvre complètement ». Ironique, il a souligné que la « Russie respectait l’intégrité territoriale de la Géorgie compte tenu de la reconnaissance de l’indépendance de
l’Abkhazie et de l’Ossétie du sud
», une reconnaissance unilatérale, condamnée par la communauté internationale… Sarkozy a néanmoins affirmé que le «
président (russe) m'a dit qu'il ferait tous ses efforts pour trouver
une solution et qu'on essaie d'avancer pour qu'il n'y ait plus
d'irritants, formule habituelle des diplomates, entre l'UE et la Russie
».Il faut donc une certaine dose d’aveuglement pour imaginer que les négociations de Genève sur le futur statut de la région déboucheront sur autre chose qu’une consolidation du statu quo. On comprend que Nicolas Sarkozy insiste sur le fait que le problème de l’Ossétie du sud et de l’Abkhazie n’a pas commencé le 8 août 2008 et qu’on ne peut demander aux Européens plus qu’un retour au statu quo ante… Medvedev, lui, voit la preuve dans « l’agression géorgienne » que les « mécanismes de sécurité en Europe ne sont pas parfaits » et il se réjouit que les Européens se soient ralliés à son idée de « traité global de sécurité » telle qu’il l’a présenté à Berlin le 5 juin dernier.
La Russie, pour bien faire comprendre aux Européens que la sécurité du continent était aussi son affaire,
a utilisé la manière forte en
menaçant, la semaine dernière, de déployer des missiles Iskander dans
l’enclave russe de Kaliningrad en réponse au bouclier antimissiles
américain. Nicolas Sarkozy a reçu le message et a plaidé pour que
Moscou s’abstienne « tant que nous n'aurons pas discuté d'une sécurité
pan-européenne ». Le chef de l’Etat s’est engagé à convoquer d’ici à la
mi-2009 une conférence dans le cadre de l’OSCE « pour poser les bases
de la future sécurité européenne »: les Etats-Unis seront donc
présents, mais pas l’Alliance atlantique. Le but ultime de Moscou est
d’éloigner les Américains du vieux continent au profit d’un partenariat
russo-européen dont on devine qui serait la partie dominante…Pourquoi les Européens ont-ils ainsi cédé face aux Russes, alors qu'ils ont jusqu'ici bien joué, en stoppant les troupes russes avant Tbilissi et en obtenant un retrait quasi total des troupes russes du territoire géorgien "historique"? Tout simplement parce qu'ils savent qu'il n'y a pas d'autres solutions: "l'avenir passe par l'économie, pas par les missiles", a justifié José Manuel Durao Barroso, le président de la Commission. Une déclaration de paix qui ne fait que dissimuler le fait que les Européens n'ont justement pas de missile... En clair, l'Union n'a à sa disposition que le "soft power", le "hard power" appartenant aux Russes et aux Américains. Nice marque le retour du principe de réalité: l'Union n'a pas d'autre choix que de s'entendre avec Moscou.
Photos: JQ
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