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Pourquoi « Bruxelles » est à Bruxelles « C’est la faute à Nice ! » ou « c’est la faute à Chantilly ! ». Disons le tout net, ça fait infiniment moins
sérieux que : « c’est la faute à Bruxelles ». Si la capitale de l’Union européenne n’avait pas été dans la capitale belge, on peut se demander si l’euroscepticisme aurait la partie aussi facile. Car, Bruxelles, « c’est le nord », pour reprendre l’expression de Michel Galabru qui joue le papet dans « Bienvenu chez les Ch’tis », il gèle, il « drache », le ciel est gris, bref, c’est antipathique. Bruxelles, ça sent la frite et le technocrate.Pourtant, en 1957, Nice a tenu la corde. Comme me l’a raconté ce matin Georges Berthoin, un sympathique vieux monsieur, qui a été le chef de cabinet de Jean Monnet lorsque celui-ci était président de la Haute Autorité du charbon et de l’acier (CECA), « les institutions communautaires auraient dû occuper le site de Sofia Antipolis ». Mais le projet, déjà ficelé, a avorté, « les Allemands trouvant que cela ne faisait pas sérieux, trop « club Med » ». Alors, on a ensuite pensé à Paris. Cette fois, les Allemands étaient d'accord : Paris, ça faisait sérieux. Et puis ils devaient bien ça à la France. Le gouvernement français propose l'actuel site de la Défense ou Chantilly, à 30 km au nord de Paris. Là aussi, le projet était fin prêt. Mais il a échoué à cause de l’opposition d’un certain Pierre Pflimlin, ministre des finances puis président du Conseil (juste avant que De Gaulle ne revienne au pouvoir), qui a vu dans cette localisation centralisatrice une menace pour l’aura de « sa » ville, Strasbourg, symbole de la réconciliation franco-allemande choisie pour devenir le siège de « l’Assemblée parlementaire » de la CEE de l’époque.
Très gentiment, poursuit Berthoin, dont j’ai fait la connaissance à l’occasion de l'Université d'automne du Mouvement européen-France qui a lieu ce week-end à Nice, les Belges ont alors offert, pour éviter tout retard dans l’installation des nouvelles institutions, Bruxelles, comme capitale provisoire de la CEE. « Il ne nous a fallu que quelques semaines pour créer des institutions, certes à l’état embryonnaire, mais
qui sont encore là », se souvient Berthoin. Jusqu’en 1993, date de
fixation définitive du siège de l’Union à Bruxelles, il était bien
précisé sur le papier à en-tête de la Commission que le « 200 rue de la
Loi », adresse du Berlaymont, était une « adresse provisoire » (ci-contre, le siège de la Commission avant sa rénovation).Un magnifique suicide politique, bien dans la tradition franco-française, non ? Si les institutions communautaires avaient été en région parisienne, il est clair, en tous les cas, que la place du français ne serait pas menacée comme elle l’est aujourd’hui. On peut, au passage, faire la même remarque pour l’OTAN : « avant que de Gaulle ne décide en 1966 de sortir partiellement de la structure militaire intégrée, le siège de l’OTAN était à Paris », rappelle Sylvie Goulard, la présidente du Mouvement européen-France. « C’est d’ailleurs grâce à ça que toute une génération de diplomates, alors enfants, a appris le français. En envoyant l’OTAN à Bruxelles, on s’est encore une fois tiré une balle dans le pied ». Surtout pour y revenir quarante ans plus tard, mais sans le siège et sans les postes de commandement.
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Sachez recevoir La présidence française est clairement un échec sur le plan de l’organisation. Encore une fois, aujourd’hui, les services gouvernementaux ont démontré leur incapacité à organiser de façon efficace un événement aussi simple qu’un sommet UE-Russie, qui ne mobilise pourtant que trois délégations : celle de la Russie, celle de la présidence tournante et celle des institutions communautaires (Commission et Haut représentant pour la politique étrangère).
À leur arrivée au Palais des rois Sardes – arrivée difficile, la sécurité atteignant un degré proche de l’hystérie (lire ce papier rigolo de Nice Matin)—, les journalistes ont ainsi eu la surprise de découvrir une salle de presse limitée à 110 places alors que plus du double d’entre eux avaient fait le déplacement depuis Bruxelles, Paris ou Moscou. La présidence française a-t-elle été prise par surprise ? Que Nenni ! Depuis la crise géorgienne, qui a éclaté en août dernier, il y a trois mois, il était évident que les médias se mobiliseraient pour suivre un tel événement. Résultat : il a fallu se tasser – ce qui m’a permis de faire connaissance d’une collègue estonienne vu notre extrême proximité… — , se prêter les câbles de connections à internet ou prier pour que le wifi ne tombe pas en panne ou bloque, ce qu’il a évidemment fait à plusieurs reprises. Beaucoup de journalistes, découragés, sont rentrés à leur hôtel pour travailler.Ce n’est pas la première fois que le gouvernement se laisse surprendre par l’afflux de journalistes,
comme s’il avait oublié que l’Europe des
Six n’était plus qu’un lointain souvenir. Ainsi, lors de la réunion des
ministres des Affaires étrangères à Avignon ou des ministres des
Finances, à Nice, les journalistes se sont retrouvés à la rue. Qui plus
est, les moyens de communication mis Ă la disposition des radios et des
télévisions se sont à chaque fois révélés insuffisants en bande
passante et le wifi plus qu’approximatif. Cette affaire est loin d’être
anecdotique, un journaliste pour informer ses lecteurs, auditeurs et
téléspectateurs devant pouvoir travailler dans des conditions normales.Chacun regrette la présidence slovène qui fut un bonheur sur le plan technique. Il faut dire, qu’à la différence de la France qui persiste à vouloir organiser les réunions ministérielles à travers tout son territoire et dans des lieux (comme le Palais des Papes à Avignon ou le Palais des rois Sardes à Nice) qui ne sont absolument pas faits pour cela (pas de place, pas de moyens techniques), la petite République balkanique à tout centralisée dans un seul centre de presse à Ljubljana, équipé de fibres optiques. Bref, la France dépense beaucoup d’argent pour organiser un cirque ambulant pour un piètre résultat. Au palmarès des présidences techniquement ratées, la France figure désormais solidement aux côtés de la Grande-Bretagne, autre grand désastre dans la mémoire des journalistes.
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