Marche raciste à Charlottesville : une voiture heurte des contre-manifestants, un mort



De violentes échauffourées ont éclaté samedi entre militants antiracistes et groupuscules de l’extrême droite américaines réunis à Charlottesville, en Virginie, forçant le gouverneur de l’Etat à déclarer l’état d’urgence et la police à décider l’interdiction du rassemblement.

Dans un air chargé en gaz lacrymogène, les heurts opposant manifestants de la droite radicale et contre-manifestants se sont multipliés avant même le début prévu du rassemblement, avec des rixes, des jets de projectiles, des échanges de coups de bâton, selon une journaliste de l’AFP sur place.

Une voiture a également foncé sur des contre-manifestants. «Plusieurs piétons ont été touchés. Il y a plusieurs blessés», a tweeté la police de l’Etat.

Dans une vidéo diffusée sur les réseaux sociaux, on voit une voiture de couleur sombre percuter violemment un autre véhicule par l’arrière, qui lui-même rentre dans une troisième voiture devant lui. La voiture responsable de la collision repart alors vivement en marche arrière, au milieu des manifestants qu’elle renverse. 

Selon divers témoins, les victimes étaient des contre-manifestants venus dénoncer la présence à Charlottesville de groupes de la droite radicale et identitaire américaine, dont le Ku Klux Klan et des néo-nazis.

Une journaliste de l’AFP présente sur les lieux a vu des blessés étendus au sol, des personnes en pleurs, des brancards, des ambulances et des camions de pompiers. 

La police a selon elle lancé un appel à témoin.

«On marchait dans la rue quand une voiture, une berline noire ou grise, nous a foncé dessus, elle a percuté tout le monde. Puis elle a reculé et nous a encore heurtés. Il y avait une fille derrière qui essayait de se relever», a relaté à l’AFP un témoin.

«Je pense qu’il y a une dizaine de blessés. Une fille au sol a été mutilée. C’était volontaire, ils ont fait exprès de reculer», a-t-il ajouté.

La police locale ne donne pas encore de bilan.

Mais le maire de la ville évoque un mort. 

Dans ce climat de haute tension, les craintes de débordements plus graves étaient avivées par la présence d’armes portées ouvertement par les manifestants, ainsi que le permet la loi dans l’Etat de Virginie. 

Des membres de milices d’extrême droite s’étaient positionnés en tenue paramilitaire, fusil semi-automatique en bandoulière, non loin des forces de l’ordre très sollicitées, comme le montre cette vidéo postée sur Twitter par un journaliste américain : 

Face à ces incidents, la police en tenue anti-émeute a donc décidé peu avant midi d’interdire la manifestation prévue et a procédé à l’évacuation du parc public où elle se tenait. Les forces de l’ordre ont procédé à un nombre inconnu d’interpellations. 

Les groupes de la droite radicale et identitaire américaine présents, dont le Ku Klux Klan et des néo-nazis, entendaient dénoncer de façon unitaire le projet de Charlottesville de déboulonner dans ce jardin municipal la statue d’un général sudiste favorable à l’esclavagisme.

Peu avant 11H30, les autorités de Charlottesville y ont déclaré un état d’urgence localisé, une mesure permettant de mobiliser davantage de moyens policiers. Certains militants rassemblés, professant la suprématie de la race blanche, brandissaient des drapeaux confédérés, un symbole considéré comme raciste par une bonne partie des Américains. Le gouverneur de la Virginie avait appelé vendredi les habitants à éviter de se rendre à ce rassemblement, pour lequel un détachement de la Garde nationale de l’Etat a été mis en alerte.

Le président Trump a, comme à son habitude, exprimé son point de vue sur Twitter. 

«Nous devons TOUS être unis et condamner ce que représente la haine. Il n’y a pas de place pour ce genre de violences en Amérique. Soyons tous ensemble, comme un seul homme!» 

Plusieurs manifestants suprémacistes se sont pourtant exprimé en son nom à Charlottesville, tel David Duke, ancien du Ku-Klux Klan, ancien néo-nazi et suprémaciste. Pour lui, cette marche de haine «tient les promesses de Donald Trump».

Trump, qui est à Bedminster, dans le New Jersey, a ensuite exprimé sa «tristesse» devant les violences de Charlottesville (à noter que le V.A dans son tweet ne correspond pas au diminutif de l’Etat de Virginie, Virginia, alias VA, mais aux «Veteran Affairs» : il parle donc des anciens combattants). 

Plus tard, lors d’une conférence de presse dans le New Jersey, le président Trump a renvoyé dos à dos les néo-nazis, les membres du Ku-Klux Klan et les suprémacistes blancs avec les militants antiracistes.

«Nous condamnons avec vigueur cette énorme manifestation de haine, d’intolérance et de violences, de tous les côtés». 

L’épouse du président américain, Melania Trump, a elle aussi réagi sur le réseau social, dans une formule un tantinet embarrassée : «Notre pays encourage la liberté d’expression, mais communiquons sans haine dans nos coeurs. Rien de bon ne sort de la violence».

Le candidat malheureux aux primaires démocrates, Bernie Sanders, a évoqué sans ambages «une démonstration répréhensible de racisme et de haine».

«Vitrine de haine»

«De nombreuses personnes attendues (samedi) à Charlottesville veulent exprimer des idées considérées par beaucoup de gens, y compris moi-même, comme abjectes. Tant qu’ils le font pacifiquement, c’est leur droit», avait souligné Terry McAuliffe. Le gouverneur démocrate avait ajouté avoir donné comme instruction aux forces de l’ordre «d’agir rapidement et de façon décisive» au cas où des débordements surviendraient. Au final des milliers de militants nationalistes et de militants antifascistes pourraient se retrouver face-à-face à ce rassemblement, baptisé «Unite the Right Rally». «Cet événement pourrait offrir une vitrine historique de haine, en rassemblant en un seul lieu un nombre d’extrémistes inédit depuis au moins une décennie», a averti Oren Segal, directeur du Centre sur l’extrémisme de l’Anti-Defamation League (ADL), une association de lutte contre l’antisémitisme.

Le 8 juillet dernier, quelques dizaines de membres du Ku Klux Klan s’étaient déjà rassemblés dans cette ville paisible et pittoresque, très largement surpassés en nombre par les manifestants antiracistes. Mais les images de ces extrémistes en robe traditionnelle avaient été diffusées dans le monde entier. Cette fois-ci, la droite nationaliste espère attirer nettement plus de partisans, grâce à la présence de différents responsables de la mouvance Alt-Right, enhardie par la présidence de Donald Trump. Les experts doutent toutefois d’un véritable rapprochement entre ces différents groupes très disparates. Les participants, censés venir de tous les Etats-Unis, ont rencontré des difficultés à se loger: la plateforme de location d’appartements Airbnb a annulé un nombre inconnu de comptes liés à l’extrême droite, en mettant en avant ses principes d’accueil indépendamment des origines ethniques. Jason Kessler, l’organisateur du rassemblement, avait estimé sur Twitter que cette mesure équivalait à une «attaque contre la liberté d’expression et les droits civiques». 


LIBERATION avec AFP





Source link