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Le Figaro, (évêque) auxiliaire du Pouvoir
Yves de Kerdrel consacrerait-il un entier éditorial à sommer l’Eglise de la fermer si celle-ci ne conservait une certaine influence ?C’est à vrai dire la seule interprétation positive que l’on peut faire d’un éditorial affligeant. Cet édito au titre sibyllin, les contre-apôtres du travail dominical, n’a pas pour objet de contester les positions de l’Eglise. Il ne conteste pas ses convictions. Il est seulement tout entier consacré à lui dénier le droit de s’exprimer dès lors que son propos s’écarterait des simples articles de foi. Yves de Kerdrel conclut son éditorial d’une citation que, bien à l’abri derrière une interprétation simpliste, pour ne pas dire débile, il croit définitive.
“Rendez à César ce qui est à César et à Dieu ce qui est à Dieu“
Au demeurant, si chacun devait vraiment se consacrer exclusivement à son domaine d’élection, s’il fallait admettre que l’Eglise doive se cantonner à la répétition du Credo, ce que je continuerai de réfuter sans relâche, alors Yves de Kerdrel se contenterait à ce qu’il semble savoir faire : chroniquer l’économie. Pour ce qui est de l’interprétation des Ecritures, et du rôle de l’Eglise, il passerait la main. Il faut dire aussi qu’avec une paille dans l’Å“il, on est naturellement porté à voir une poutre dans celui des autres.
Mais ne soyons pas taquin et prenons au sérieux, autant que cela le mérite (pas davantage), le propos d’Yves de Kerdrel. A bien le lire, je le répète, vous comprendrez qu’il n’y est en fin de compte pas tant question du travail du dimanche. C’est bien de la légitimité de l’Eglise à s’exprimer qu’il s’agit. Au prix d’un raisonnement incohérent. Et sommaire.
Incohérent car, si je suis toujours surpris par cette propension à dénier à l’Eglise jusqu’au droit de s’exprimer. Je le suis encore davantage de la part d’un apôtre du libéralisme. En effet, que l’Eglise représente pour certains1 libéraux ce qu’ils rejettent, puisqu’elle s’acharne à proposer une vision du monde qu’elle a le toupet d’espérer universel, plutôt que de s’en remettre aux seuls individus, c’est probable. Mais il me semblait que le libéralisme s’attachait aussi à reconnaître la liberté d’expression. Alors, que Le Figaro et Yves de Kerdrel combattent donc les positions de l’Eglise s’ils s’y croient fondés, mais qu’ils ne lui interdisent pas de s’exprimer. Voilà qui est un brin totalitaire.
Incohérent et sommaire, car on aimerait, de la part d’un éditorialiste du Figaro, un minimum de rigueur dans l’analyse. Un peu de finesse. Or, c’est ne rien comprendre à l’Eglise, ne rien comprendre à l’enseignement du Christ, que d’imaginer que l’Eglise puisse un jour se retirer dans le secret des églises, des couvents, et des cÅ“urs. Vous me direz évidemment que l’on peut choisir d’ignorer la pensée de l’autre, que l’on peut choisir de la mépriser voire de la considérer inférieur. Vous comprendrez que ce choix-là ne m’intéresse pas.
Le catholicisme est une religion de l’incarnation. C’est sa nature profonde. Et c’est la seule. Dieu s’est fait Homme. Il ne se contente pas de l’avoir créé, pas plus qu’il ne se contente de flotter quelque part là -haut. Il ne se désintéresse pas de la marche du monde, et il demande à l’Homme d’en être partie prenante. “Tout ce que vous avez fait au moindre de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait“. Alors non, l’Eglise et les catholiques ne peuvent pas se désintéresser de la marche du monde. Ils ne peuvent pas se contenter de la prière, et des actions caritatives nécessaires pour rattraper les lacunes des politiques.
Yves de Kerdrel reconnaît tout de même à Monseigneur Vingt-Trois qu’il est dans son rôle lorsqu’il affirme que le «gagner plus ne doit pas devenir l’objectif principal de l’existence ». Monseigneur Vingt-Trois ne devrait-il en tirer aucune conséquence ? Après cette minime concession, Kerdrel poursuit par un propos dont la charité nous commande de penser qu’il s’agit d’un trait d’humour. Car si tel n’est pas le cas, son propos est d’une insondable bêtise. Voilà en effet qu’il croit bienvenu de souligner “que la parabole des talents nous rappelle que c’est celui qui gagne le plus d’argent qui figure parmi les élus du Maître“. Il ne me serait jamais venu à l’esprit que qui que ce soit puisse déduire de la parabole des talents que Dieu aime ce qui ont un max de thunes. Précisément, parce qu’il s’agit d’une parabole, celle de l’évangile de dimanche dernier au demeurant. Et si Yves de Kerdrel avait eu l’énergie de poursuivre la lecture avant d’écrire son éditorial, il aurait lu ceci, précisément :
“Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : ‘Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la création du monde. 35 Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ; 36 j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !’ 37 Alors les justes lui répondront : ‘Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu…? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ? 38 tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ? 39 tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?’ 40 Et le Roi leur répondra : ‘Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.’”
Il aurait dès lors compris que la parabole des talents n’est pas un appel à faire du blé, mais à intervenir dans le monde !
Yves de Kerdrel ne se contente pas de contester la légitimité de l’Eglise, son droit de s’exprimer. Il s’emploie aussi à décrédibiliser les évêques. A quoi rime donc son introduction, d’un intérêt plus que relatif ? On se gausse un peu des évêques, pour mieux introduire le sujet ? “Ils ont toujours un avis sur tout, et ils ont un certain talent pour le faire partager“. Divertissant. D’autant plus que Kerdrel, lui, a un avis sur la parabole des talents et sur la place de l’Eglise dans la société.
Et puis voilà que cette Eglise avait eu le front de se prononcer contre l’arme atomique, et qu’un amiral lui avait conseillé de s’occuper de ses brebis. On ne saura rien de la pertinence des propos de l’amiral, sinon qu’ils ont bien plu à Kerdrel.
Mais ce n’est pas tout : les évêques “ont renouvelé leurs exploits rhétoriques” en prenant la défense des immigrés, et en prônant leur accueil. Ils seraient plus à gauche que la gauche. Kerdrel ne se prive pas de simplifier la position des évêques et, parce qu’il est en verve, il en profite pour reprendre la citation opportunément tronquée de Michel Rocard : “la France ne peut pas accueillir toute la misère du monde” qui se poursuivait d’un “mais elle doit en prendre fidèlement sa part“.
Alors non, effectivement, l’Eglise ne se tait pas. Elle ne se tait pas en France. Mais il n’y a pas que là . Au Brésil, aux côtés des sans-terres, elle ne se tait pas. Au Congo, elle est aux côtés des populations terrorisées. Au Soudan, elle recueille les enfants pourchassés. En Egypte, elle est avec les chiffonniers. Et au Viêt-Nam, elle s’oppose au pouvoir communiste. Dans chacun de ces pays, au prix de la vie de ses membres, au prix de leur liberté, elle ne se tait pas. Ce n’est pas en France qu’on lui déniera le droit de s’exprimer.
Et l’on continuera à entendre et à reprendre une doctrine sociale qui vaut largement un système qui n’a pas vraiment convaincu. Une doctrine sociale qui défrise à gauche quand il s’agit d’avortement, qui défrise à droite quand il s’agit d’immigration tant certains peinent à accepter qu’elle constitue un ensemble cohérent de foi en l’Homme et en sa dignité. Cela donne au moins à chacun l’occasion de se draper dans la laïcité outragée quand c’est en fait le fond du le propos qui les dérange.
Yves de Kerdrel a choisi de s’en prendre aux évêques alors que le projet sur le travail du dimanche devrait connaître de nouveaux développements en fin de semaine. Il faut croire que, le parti socialiste n’étant manifestement pas en état de montrer une quelconque opposition, il s’agissait de faire taire les seules voix discordantes. Étonnamment, il a choisi de s’appuyer sur un discours de Monseigneur Vingt-trois qui a plus de quinze jours. Quel admirable souci du calendrier de l’Elysée. Il est vrai que Le Figaro, depuis quelque récente nomination, a pris l’habitude d’une notable complaisance. “Serviteur bon et fidèle“… Mais s’il faut renvoyer aux paroles fondatrices des uns et des autres, alors qu’Yves de Kerdrel se souvienne :
“Sans la liberté de blâmer, il n’est pas d’éloge flatteur”
* Notes
- admirez le précautionneux “certains”
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La chute de Reims
Je suis comme Ségolène Royal : j’ai un petit côté mystique. Je crois aux signes. Le message d’erreur de Twitter n’est pas qu’un message d’erreur. Amis, c’est une allégorie. Evidente. Pour vous, qui est la baleine ? Attention, pas de noms ! “Ségolène a demandé qu’on se respecte, alors respectons-nous“, comme disait Martine hier à la tribune, sans ironie aucune. Cette baleine endormie, échouée, dans une molle synthèse, n’est-ce pas le parti socialiste ? Et les petits oiseaux, tous les efforts rassemblés pour la sauver, malheureusement en vain : overcapacity ?Vous me direz : “ce n’est qu’un message d’erreur“. Mais non : Nicolas Voisin me disait que même lors de l’élection d’Obama, twitter n’était pas tombé en rade. Un signe, vous dis-je. Et un signe qui m’était personnellement adressé, puisque je twittais pour la première fois. Les discours de Ségolène Royal, et de Martine Aubry, en direct grâce à LCP. Etonnant spectacle. En soi.
Étonnant spectacle que celui du Parti Socialiste ce week-end, aussi. A vous faire douter de l’efficacité de la démocratie.
Car, en vérité, faut-il vraiment moquer le fonctionnement du Parti Socialiste ? Ne fait-il pas preuve d’une rigueur démocratique et d’une transparence exemplaires ? Chez eux, les rivalités éclatent en plein jour, sous les sunlights. La tragédie se noue sous les yeux des français. On se conjure, on s’implore, on s’avertit. Mais en fin de compte, on vote véritablement, sur un peu plus de quatre motions, et l’on votera, jeudi soir, pour départager les Martine Aubry, Benoît Hamon et Ségolène Royal. A côté, le fonctionnement de l’UMP peut laisser songeur, y compris lorsqu’il s’agit de voter pour un candidat qui n’est en fin de compte opposé qu’à une candidature de témoignage. Seulement voilà : le Président de la République n’est pas socialiste.
Faut-il désespérer d’un fonctionnement démocratique ? Certes un élément pertubera l’analyse : à l’UMP, une personnalité s’imposait. Au Parti Socialiste, aucun ne se détache, sans que l’on sache vraiment si c’est parce qu’ils sont tous brillants. Ou tous médiocres.
Ségolène Royal, hier, laissait perplexe. Il y a évidemment pour moi une perplexité devant quelques effets faciles. Car il est quelque peu désagréable, inutile, et déplacé, de confisquer la République. Les socialistes étaient là en 1789, nous dit-elle. Inutile d’en discuter tant cela est historiquement dépourvu de sens. Et puis, pour justifier son jeu d’alliances, voilà qu’elle évoque “le rassemblement de tous les républicains“, le “combat de tous les républicains“. Passons.
On retrouve en tout état de cause la Ségolène Royal que nous connaissions lorsqu’elle évoque une bien peu réaliste “consultation directe” des militants sur la question des alliances. Souvenons-nous de son programme présidentiel : rien, sur les sujets clivants, qui ne puisse se résoudre par un moratoire, un débat public, ou un référendum. Pourtant, d’aucuns pouvaient penser qu’un Congrès était précisément le lieu d’un tel débat. Et puis, franchement, quand donc Ségolène Royal entend-elle organiser une telle consultation ? Est-ce avant le 1er tour que l’on peut envisager ouvertement l’hypothèse d’être minoritaire ? Une consultation peut-elle être sérieusement organisée entre les deux tours, alors qu’il faudrait encore que les parties susceptibles de s’allier se déclarent ? Et peut-on imaginer que c’est à ce moment que doit être tranchée la question de l’alliance avec François Bayrou ou Olivier Besancenot, comme si ces solutions pouvaient être interchangées ?
Et puis, il y a ce changement de ligne continu. Comme le souligne Verel, pour le militant socialiste habituel, “une candidate qui exprime une idée parce qu’elle sent que c’est ce que les gens ont envie d’entendre aujourd’hui, mais qui pourrait dire le contraire demain, c’est absolument insupportable !“. On les comprend. Ségolène Royal peut-elle être à la fois celle qui invoque les grandes luttes sociales, et jusqu’au Front Populaire (pas moins), et celle qui voyait dans la généralisation des 35h et le smic à 1500 €, des propositions “pas du tout crédibles” ? Je reprends, car oui, elle peut l’être, et elle le démontre. Mais peut-elle l’être de façon crédible ?
Et, il faut tout de même le dire car cela a son importance, peut-elle incarner véritablement le renouveau avec un phrasé aussi laborieux ?
Martine Aubry, elle, s’avérait nettement plus combative et mobilisatrice, faisant même preuve d’humour. Et les huées d’un bon tiers de la salle pendant le discours de Ségolène Royal se transformaient en standing ovation. Longue, même. Moi-même d’ailleurs, je me sentais soudainement un brin révolutionnaire. N’eût-ce été la liturgie, j’aurais même cru entendre Monseigneur Vingt-Trois, sur le travail dominical. Et sincèrement, je pouvais comprendre qu’un militant se sente autrement transporté par son intervention que par les vaines et laborieuses litanies de Ségolène Royal (”nous étions là “, “nous sommes les socialistes“).
Sur Twitter, certains s’efforçaient de soutenir qu’elle parlait pour les délégués, pour le vieux parti, pour une salle acquise et facilement enlevée. Et ma question se perdait dans les limbres twitteriennes… Car ces délégués ne sont-ils pas un tant soit peu représentatifs des militants ? A tout le moins de ceux qui prennent la peine de voter ? J’ai donc pris mon courage à deux mains et noté que les délégués sont désignés à la proportionnelle par les Congrès Fédéraux. Il eût été étonnant que les Congrès Fédéraux précèdent de trop longtemps le Congrès National et, de fait, une petite vérification permet de constater que les délégués présents à Reims - ceux qui ont hué, ceux qui ont applaudi, ceux qui se sont levés - ont été élus par les militants quelques jours seulement avant le Congrès de Reims. On peut donc les présumer représentatifs…
Pour autant, Martine Aubry peut-elle incarner un quelconque renouveau ?
Je lisais que Pierre Larrouturou et d’autres dédramatisaient le résultat du Congrès de Reims, en affirmant qu’il y aura, de toutes façons, une majorité à l’issue du vote des militants, jeudi. Il est permis d’en douter. Ne serait-ce, si je puis me permettre, que parce qu’il y a 3 candidats. S’engageront-ils alors dans une nuit de négociations pour répartir les postes ? [edit : oublié de tenir compte de l'existence d'un second tour] Si Ségolène Royal l’emporte, peut-elle vraiment imaginer mener un parti qui rejette sa personne à 70% ? Si elle échouait, imagine-t-on vraiment qu’elle contribuera loyalement aux travaux du parti ?
Nous sommes à un peu plus de 3 ans 1/2 des prochaines présidentielles. Peut-être à 3 ans de la désignation du candidat socialiste. Trois ans lui seront-ils suffisants pour surmonter ses criantes divisions ? On peut penser que les prochains mois s’avèreront aussi remuants au PS que l’ont été ces trois jours, et que le PS se condamne de nouveau à être un parti d’élus locaux, pas nationaux.
Avais-je raison de craindre devoir douter de l’efficacité de la démocratie ? Peut-être faut-il seulement douter de la modernité institutionnelle du PS, et de sa capacité culturelle à s’adapter. Il me semblait que le PS en était décidément resté à la IVème République. Pour mon camarade Jules, le vote de jeudi augurerait d’une “métamorphose” du PS, évoluant vers un modèle à la… Vème République (50 ans après, pourquoi pas ?). C’est le scénario le plus favorable, quoique je sois réservé sur la suite de ce vote.
Liberal, dans un commentaire presqu’antique, se montrait moins optimiste en considérant que les socialistes ont en fait un vrai “problème avec le leadership et la figure du chef“, syndrôme qui, il est vrai, ne touche pas des formations comme LO et la LCR.Ce n’est donc pas de la démocratie que ce Congrès incite à désespérer, mais de la faculté d’adaptation du PS… Comme me le souffle mon ami Twitter, “something is technically wrong“. Un bon diagnostic, en fin de compte.
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