La réussite en licence, une manne (potentielle) pour les universités




Etudiants sur le campus de l’université Paris-13.

Avec la baisse de 331 millions d’euros du budget 2017 de l’enseignement supérieur et de la recherche, annoncée début juillet, la question du financement du supérieur – et particulièrement des universités – se pose avec une acuité particulière. Et les choses ont peu de chances de s’arranger dans les prochaines années, tant les finances publiques paraissent sous tension. De nombreux acteurs de la communauté académique s’inquiètent d’ailleurs de cette dégradation, surtout dans une période où le nombre d’étudiants augmente fortement (+ 40.000 attendus à la rentrée prochaine).

Il existe pourtant une piste qui n’a, jusqu’à présent, qu’imparfaitement utilisée, et qui pourrait donner une sérieuse bouffe d’oxygène aux établissements : celle d’une réduction significative du taux d’échec en licence, ce boulet que traînent les universités depuis des décennies.

Les chiffres sont, en effet, accablants. Le taux de réussite en 1ère année du cycle licence dépasse tout juste 40 %. Toujours en 1ère année, 25 % environ des inscrits sont des redoublants. La grande majorité des étudiants (72,5 %, chiffre 2015) ne parviennent pas à « boucler » leur licence en trois ans – mais seulement en quatre ans ou cinq ans, voire n’y parviennent pas et renoncent. Les « décrocheurs », qui abandonnent leurs études sans le moindre diplôme après un, deux ou trois ans, se comptent par dizaines de milliers chaque année.

Or tout cela ne représente pas seulement une perte de temps et d’énergie considérable pour un grand nombre de jeunes. C’est aussi un immense gaspillage des deniers publics, car cet échec collectif mobilise en vain des milliers de professeurs et nécessite des locaux. Et personne ne semble s’en offusquer : ce gaspillage est vécu comme une fatalité, voire comme une nécessité.

Les raisons de ce gâchis sont pourtant bien identifiées. En cause avant tout, une mauvaise orientation : des étudiants qui s’entassent dans des filières pour lesquelles ils n’ont pas les aptitudes, ou qui ne leur correspondent pas, ou pour lesquelles ils n’ont pas les méthodes de travail et les connaissances de base indispensables. En cause aussi, les ratés d’APB, qui dirige des jeunes bacheliers vers des filières qu’ils ne souhaitaient pas vraiment. Sans oublier – il faut bien en parler – ceux qui ne s’inscrivent que pour bénéficier de la Sécurité sociale, de la carte d’étudiant et des prestations du Crous…

Un gaspillage de plus d’un milliard d’euros par an

Faisons un peu de calcul. Sur 921.700 étudiants inscrits en licence en 2014-2015, on en dénombrait 387.100 en 1ère année – dont 25 % de redoublants dans la même filière (sans compter ceux qui redoublent en changeant de filière). Soit au moins 77.000 étudiants qui avaient perdu une année… Ajoutons ceux qui redoublaient leur 2ème année, ou leur 3ème. Sans parler de ceux qui tâtent d’une première filière, puis d’une deuxième et enfin d’une troisième… Ni de ceux qui abandonnent au bout d’une ou deux années… Au bas mot, on peut tabler sur une perte minimum de 100.000 étudiants/an. Or le coût moyen d’un étudiant, pour la collectivité, varie, selon les sources, entre 8.000 euros (selon KPMG, pour un étudiant à l’université, en 2013) et 11.630 euros (selon le ministère de l’Enseignement supérieur). Pour simplifier, disons 10.000 euros par an et par étudiant. 100.000 étudiants, cela représente donc un gaspillage de l’ordre du milliard d’euros chaque année !

Le campus de l’UPMC, au coeur de Paris. (Ph. Antoine-Duhamel)

Bien sûr, il ne faut pas rêver. On ne pourra ramener à zéro le taux d’échec. Mais il serait à coup sûr possible de le réduire drastiquement. Comment ? Les pistes à explorer sont multiples, et difficiles à réunir. Il n’est pas inutile d’en citer quelques-unes – qui ne feront sans doute pas l’unanimité :

-avant tout, améliorer l’orientation des jeunes bacheliers. C’est-à-dire, notamment, mieux faire coïncider leurs aptitudes réelles (et leur motivation) avec les exigences des différentes filières. Et ceux les informer sur les perspectives d’emploi à la sortie des différentes filières.

aider les jeunes bacheliers à réussir. Les aider à s’adapter au nouvel univers que constitue pour eux l’enseignement supérieur. Le plan « réussite en licence » existe et a donné des résultats significatifs. Il faut aller plus loin. C’est d’ailleurs l’un des objectifs de la prochaine réforme du premier cycle et du futur « contrat de réussite étudiant », en discussion depuis quelques semaines.

introduire un minimum de sélection, notamment dans les filières encombrées, dont on sait qu’elles ne permettront qu’à une infime partie des diplômés de trouver un emploi à la sortie. Compte tenu de l’état des finances publiques, est-il normal que l’on ouvre l’accès à certaines filières sans aucune autre condition que l’obtention du baccalauréat, lequel est pratiquement accordé à tous les candidats ? Est-il juste que les étudiants ayant le niveau requis soient freinés par une masse d’inscrits qui ne sont pas au niveau et/ou pas motivés ? N’est-ce pas faire encore plus le lit des filières sélectives, et notamment de l’enseignement supérieur privé ? Cela passe évidemment par une réforme du dispositif APB, qui a montré ses limites.

limiter l’accès à certaines filières trop demandées, pour des débouchés professionnels que l’on sait limités. Certes, le numerus clausus n’est pas une solution. Mais pourquoi est-il admis de tous en médecine et dans les filières de santé, et rejeté en sociologie, où n’importe quel bachelier peut s’inscrire (et redoubler) à volonté ?

Si l’on parvenait à réduire le taux d’échec en licence d’environ un tiers, cela représenterait déjà une économie considérable – de l’ordre de 300 millions d’euros par an, pour l’enseignement supérieur. Précisément, le montant de la réduction annoncée par le gouvernement pour cette année. De quoi dégager des marges pour investir, recruter de nouveaux profs, rénover des bâtiments… De quoi changer l’équation financière de l’enseignement supérieur… De quoi, surtout, améliorer – enfin – fortement l’image des universités.






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