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525ème semaine politique: Macron, la rupture pour les Nuls.

 

Où il est question de cette chronique d'un changement qui ne vient pas et des premiers (faux) pas du jeune monarque.



Emmanuel Macron est en Italie, premier G7,  on publie quelques photos glamour du couple Trudeau/Macron.

La presse se félicite aussi de cette poignée de mains "virile" avec Donald Trump. On sur-interprète, on commente, on glause sur cette preuve de testostérone diplomatique, pour le plus grand bonheur des publicitaires de l'Elysée.  Trump aurait été "anéanti" nous explique, sans rire, L'Obs.

Pour les plus attentifs, cette séquence en rappelle une autre, vieille de 10 ans. Sarkozy tout sourire avec Poutine, dans la même posture "virile" que l'actuel jeune monarque. Nos chroniqueurs ne disent pas si les deux apprentis ont ensuite commenté les attaques occidentales en Syrie qui tuent au même moment une centaine de civils dont une trentaine d'enfants .

A Manchester, un attentat suicide décime les spectateurs d'un concert de la jeune chanteuse Ariana Grande. Macron rappelle aussitôt son dispositif centralisé à l'Elysée en matière de lutte contre le terrorisme. Et promet une énième loi antiterroriste. Un cadre de la police nationale, anonyme, commente sobrement dans les colonnes du Monde: "Si on lève l’état d’urgence, on dispose des outils juridiques pour compenser. Ce n’est pas une problématique technique, c’est une problématique d’affichage politique."


Oui, c'est une question d'affichage politique.

Comme avant.

Sorties de route
Quand on promet le renouveau avec fracas, quand on conduit sa candidature jusqu'à la victoire suprême en braillant que tout sera différent, le moindre et premier faux pas est sur-analysé. La remarque vaut pour toutes les obédiences politiques.

Ainsi Marine Le Pen n'a-t-elle pas fini de digérer ses déboires judiciaires. Elle promettait le ménage, et de remettre la France en ordre. Voici qu'elle refuse de se rendre aux convocations de la justice. Son parti, son trésorier, des proches ont été mis en examen pour fraude au financement électoral. Elle-même et ses députés européens sont accusés d'emplois fictifs et de détournement de quelque 6 millions d'euros de fonds publics. Voici cette semaine qu'une autre affaire déboule: la justice "se demande si des amis de la présidente du Front national n’ont pas financé certaines activités privées avec de l’argent public versé au parti d’extrême droite pour rembourser les frais de campagne des élections régionales de 2015" révèle Le Monde.


Mais Marine Le Pen a de la chance, son coeur électoral ne semble pas lui en vouloir outre mesure.

François Fillon a au contraire sombré quand sa cupidité personnelle, élevée au rang d'entreprise familiale, est devenue une affaire judiciaire: cadeaux sompteux, emplois fictifs, lobbying occulte, l'ancien premier ministre qui s'était construit une image de père-la-rigueur qui n'a pas résisté à l'épreuve des faits. Il a trébuché et précipité son propre camp vers la défaite à une élection que d'aucuns jugeaient imperdable.

Emmanuel Macron promet aussi le changement. Il a remporté l'élection présidentielle sur cela, une promesse de changement surtout dans les pratiques (puisque son programme politique s'inspire directement des politiques conduites par Hollande et Sarkozy), un changement incarné par de prétendues nouvelles méthodes (notamment de recrutement des candidats macronistes) et une large part de nouvelles têtes tant à l'Elysée qu'au gouvernement et à l'Assemblée nationale. Sa simple jeunesse propulsée en si peu de temps à l'Elysée a ravi les naïfs.

Mais le marketing politique a ses limites, celles de la réalité des faits. Les principaux médias tentent de poursuivre cette jolie comptine, la chronique rassurante du président sourire. Cette stratégie du sommeil a des ratés.

La rupture ?
La fusion UMPS est-elle une rupture ? Oui... et non. Cette fusion politique, si elle génère craquements et sifflements chez les deux partis historiques, ne signifie aucune rupture sur le fond du programme.

On réalise aussi assez vite que la promesse de parité à l'exécutif est un leurre. Sous un nombre plus restreint de ministres se cache une domination masculine quasi-complète, tant sur les ministères d'Etat qu'au sein des cabinets gouvernementaux ou à l'Elysée. La macronista est une affaire d'hommes.

Comme Sarkozy hier, Macron s'équipe d'un gouvernement-bis plantureux et relègue son premier ministre Edouard Philippe au rang de "premier collaborateur". A l'encontre des médias, la pression contre les critiques est si forte que l'Elysée décide de filtrer et choisir, comme au bon vieux temps. Last but not least, Mediapart dévoile comment la campagne Macron a été financée par l'agilité et le carnet d'adresses de quelques anciens dirigeants de banque en un temps record.

Emmanuel Macron n'a pas installé son gouvernement que d'autres ennuis commencent. 7 jours après son arrivée au ministère de la Cohésion des Territoires, le député socialiste et secrétaire général d'En Marche Richard Ferrand est pris à son tour dans une affaire révélée par le Canard Enchaîné: quand il en était directeur, les Mutuelles de Bretagne ont décidé de louer un bien immobilier à la SCI de sa compagne, un montage immobilier juteux qui a permis au couple d'acquérir le dit bien. Rien de grave, tout va bien, explique le nouveau porte-parole. Il parait même qu'il ne faut plus s'indigner. Autre révélation, le même Ferrand a embauché son fils comme assistant parlementaire pendant 4 mois, largement au-dessus du SMIC. Mercredi, quand le ministre s'explique, son propre cabinet aggrave son cas d'une formule malheureuse et insultante: "Je vous invite à aller faire un tour en Centre-Bretagne. Ce n’est pas simple de trouver un jeune, volontaire, pour travailler cinq mois, qui sait lire et écrire correctement, aller sur Internet."

Plus tard, c'est un autre candidat macroniste qui fait les frais d'une enquête de Mediapart sur l'utilisation de son indemnité parlementaire. La macronista avait pourtant promis que les candidats avaient été choisis sur la base d'une évaluation digne des plus grands cabinets de recrutements, au risque de laisser quelques personnalités de renoms sur le bas côté.

Bref, la rupture dans la méthode et les pratiques n'a pas eu lieu au moment où on l'attendait le plus, ces premiers jours d'un quinquennat où chaque pas du jeune monarque est nécessairement scruté avec la plus grande attention.

Ami(e) citoyen(ne), marche ou crève !








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L’image de la semaine

« Elle dit tout, donc attendez-vous à davantage de problèmes au Moyen-Orient dans les prochaines semaines… » Source : Strategika 51, le 22 mai 2017 Lire aussi : Femmes : Arabie et Emirats promettent 100 millions $ à un projet d’Ivanka Trump Rappel … Lire la suite

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Réforme du travail : « loi El Khomri puissance 1000 », « pas la bonne méthode », la mesure critiquée

Chantier prioritaire du gouvernement d’Édouard Philippe, la réforme du Code du travail est loin de faire l’unanimité auprès des syndicats et des politiques. Après l’annonce du chef de gouvernement dimanche dans le JDD, cette réforme est largement critiquée dans les matinales politiques du lundi 22 mai notamment par Marine Le Pen et Philippe Martinez de la CGT.

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524ème semaine politique: la première semaine d’Emmanuel 1er.


Le jeune président  s'est très rapidement installé comme monarque. La jeunesse n'est aucune excuse quand les pratiques demeurent. Et Emmanuel Macron s'inscrit à tous égards dans les plus vieilles et mauvaises traditions de ses prédécesseurs. Il n'a pas fallu une semaine pour que le nouvel Ariel-qui-lave-plus-blanc n'affiche ses similitudes avec ses prédécesseur lessiviers.


Emmanuel 1er
Nous appelions Sarkozy l'ancien monarque. Marron sera le jeune monarque puisque nulle part, et bien au contraire, n'a-t-il tenté pour le moment de rompre avec cette Vème République vieillissante qui a permis à deux reprises à l'extrême droite fascisante de se porter au second tour du Grand Scrutin. N'oublions jamais cela. Ce régime et les politiques qui ont été suivies depuis 2002 ont autorisé, favorisé, le développement de cet épouvantail qui permet de taire tout débat politique. L'entre-deux-tours de la dernière présidentielle a été exemplaire de cette dérive nauséabonde. Après avoir été caricaturés, insultés, fatigués avant le premier tour de l'élection présidentielle, les mêmes le candidat et supporteurs de la France insoumise ont été sommés de voter pour celui et ses supporteurs qui les caricaturaient, insultaient, fatiguaient sous peine d'être complices de la diablesse. Que la vie politique est facile quand elle est ainsi si binaire.

Au final, Macron a été mal élu, 66% contre un épouvantail évident qui de surcroît s'est révélé d'une bêtise crasse au soir du seul débat de l'entre-deux tours. A peine installé, Macron souffre déjà de sondages de popularité désastreux, 44% à peine, pas même la majorité. Dans les sondages prétendument productifs et prédictifs des prochaines élections législatives, tout porte à croire que Macron remportera une partie de son pari avec à peine un tiers des électeurs inscrits. Nulle surprise puisque notre régime électoral, que Macron a promis de conserver en l'état, garantit la majorité au premier arrivé en tête fut-il minoritaire en suffrages.

Ce régime n'a pas encore craqué.

Emmanuel 1er a pris sa consigne chez Angela Merkel. Il est parti ensuite au Mali. Il était urgent de faire "présidentiel". Et la posture de chef des armées est toujours la bienvenue.

"L'alternance profonde"
Le jeune monarque a choisi son premier collaborateur. Edouard Philippe, un juppéiste assez jeune, maire du Havre, dont le nom circulait dans les rédactions et ailleurs. Il s'agit de flinguer la droite de gouvernement après avoir accéléré la Pasokisation du parti socialiste. A peine nommé, Philippe doit gérer des premières polémiques sur son propre passif: député absentéiste, blâmé pour une déclaration de patrimoine incomplète en 2014, et ex-directeur des affaires publiques au sein du groupe Areva.

La composition du gouvernement se révèle plus ardue. Il parait que le jeune monarque fait vérifier le pedigree judiciaire des prétendants, et ils sont nombreux. La France retient son souffle, ou plutôt s'en fiche un peu/beaucoup, avant que l'équipe paritaire et renouvelée ne soit enfin dévoilée, trois jours plus tard. Elle est sans surprise, et à l'image de la fusion UMPS que Macron prône depuis longtemps: on retient quelques noms connus, des prises de guerre faciles: Bruno Lemaire (il a soutenu Villepin, puis Sarkozy, puis Fillon et maintenant Macron) embaucha son épouse comme assistante parlementaire (comme d'autres); Jean-Yves Le Drian, un Breton proche de Hollande; François Bayrou qui lui avait apporté un soutient décisif; la cumularde Marielle de Sarnez; Gérard Collomb à l'Intérieur. Visé par un enquête pour détournement de subventions locales, il choisi comme directeur de cabinet l'ancien secrétaire général de l'ignoble ministère de l'Identité nationale et préfet zélé des expulsions de clandestins. Surprise, l'ancien sarkozyste et homophobe Gérald Darmanin fait aussi son entrée au gouvernement.
"Ça valide le fait qu'on peut être homophobe et ministre. [...] Il a expliqué qu'il refusait de marier des personnes de même sexe. Ça s'appelle de l'homophobie", Caroline de Haas.
Nicolas Hulot, à l'Environnement, est sans doute la meilleure nomination, un joli coup pour un jeune monarque qui n'a pas brillé par ses convictions ni ses propositions écologistes. On peut craindre, on doit craindre, qu'Hulot, peu habitué aux rapports de forces, déchante rapidement. Nicolas Hulot ministre de Macron est une grenade désormais dégoupillée au sein de la Macronista.

Puis il y a des inconnu(e)s, ils sont nombreux, certains vont souffrir, rapidement.

Jean-Michel Blanquer à l'Education nationale (un proche du sarkozyste François Baroin, partisan d'une éducation autoritaire "ni de gauche ni ne gauche");

Muriel Pénicaud, nouvelle ministre du Travail, déjà visée par une enquête de l'Inspection générale des finances. Elle était Directrice générale de Business France, la société qui organisa, sans appel d'offre, l'an passé cette soirée à 400 000 euros à Las Vegas en l'honneur d'Emmanuel Macron. Elle choisit comme dircab un responsable... du MEDEF.

Agnès Buzyn, ministre de la Santé dont le mari est en charge de l'institut national de la santé et de la rechercher médicale. La même ministre choisit un responsable d'une société d'assurance privée "paritaire".

Marlène Schiappa, fondatrice du site "Maman Travaille" est désignée secrétaire d'Etat chargée de l'Egalité entre les femmes et les hommes, une réelle déception pour celles et ceux qui pensaient que la cause méritait mieux. Elle explique d'une formule curieuse: "Nous ne sommes pas assez nombreuses pour nous diviser", pour taire les critiques sur le faible statut de son ministère (les femmes représentent 52% de la population française).

Certains ont sans doute oublié que la brève expérience de banquier d'affaires d'Emmanuel Macron s'est déroulée dans les fusions-acquisitions. C'est exactement ce que l'ex-tacticien de la banque Rothschild désormais à l'Elysée tente de réaliser avec LR et le PS, une belle et grande fusion.

J+7 Macron/Sarkozy
Le jeune monarque fait déjà jaser dans les rédactions. Son rapport aux médias semble directement inspiré des pratiques du secteur privé: la trouille, le contrôle et la menace. L'émission Quotidien de Yann Barthes révèle que la "coolitude" de Macron cache un besoin de contrôle qui rappelle Sarkozy.

Primo, l'équipe élyséenne choisit et filtre non seulement les médias mais aussi les journalistes accrédités à suivre les déplacements du jeune monarque. Quand Macron part au Mali, le filtre est en place et le désamour avec la presse déjà la là. Monsieur Sourire a oublié qu'il y avait encore des journalistes. Il le paiera sans doute. Vingt rédactions de tous bords publient une tribune contre ces manoeuvres élyséennes. 

Secundo, l'équipe Macron est déjà coupable de pressions et critiques. Même Yann Barthes en fait les frais (faut-il être bête pour traiter de "gros connard" le journaliste de cette émission phare ?)
"Sachez que pendant le quinquennat de François Hollande, nos équipes ont toujours été respectées par l'Élysée. Elles ont toujours été traitées à égalité avec les autres équipes de télévision" rappelle Barthes.
Autre fausse "coolitude", le porte-parole (et candidat à la députation) Christophe Castaner explique lors de son premier point presse que les ministres candidats aux législatives ne seront en campagne qu'une fois terminées leurs "journées ministérielles". On nous prend pour des cons.

51 circonscriptions sont laissées vacantes par EN MARCHE, pour protéger des candidats PS, PRG ou LR.

Jeudi soir, l'Emission Politique de France 2, présentée par un David Pujadas prochainement éjecté des JT (#lol), prolonge le malaise.  Quelques-un(e)s des candidat(e)s d'EN MARCHE aux législatives tentent de convaincre sur le produit Macron. La jeunesse affichée ne masque pas la faiblesse, voire l'inanité des propos tenus. Le vide publicitaire est sidérant.

Electrice, électeur, rendormez-vous. Ou pas.

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Il faudrait laisser du temps au jeune monarque, et taire les critiques prématurées.

Non.

Il est en campagne, il est le président aux pouvoirs plus étendus que Donald Trump aux Etats-Unis. C'est bien maintenant qu'il faut taper, critiquer, débusquer et révéler.

Ami(e)s citoyen(ne), lâche-toi !


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523ème semaine politique: Macron, la stratégie du sommeil.

Où l'on se surprend à être soudainement apaisé, calmé, presque endormi par les premiers pas de Monsieur Sourire, notre nouveau président. Où l'on comprend que cette stratégie du sommeil du nouveau président inauguré en pleine messe un dimanche n'est pas fortuite mais bien pensée.


Premières interrogations... en marche
Elu dimanche avec 66,1% des suffrages, Emmanuel Macron continue, souriant et apaisant. Son double discours au soir du 7 mai est confondant de vide et litotes. On n'apprend pas grand chose, comme souvent. Puis il y a ce moment surréaliste et ô combien préparé: Macron marche seul, longtemps, vers la Pyramide du Louvre où l'attend un joyeuse foule saoulée à la techno et les reprises d'Eurovision. Le nouveau président élu apparaît presque grave. Son discours de victoire est déclamé, sans chaleur. Il répète des évidences - protéger les Français " en luttant contre toutes les formes d'inégalités ou de discrimination" -il enfonce des portes ouvertes, qui tranchent avec la réalité de son programme. Il veut défendre la France, "ses intérêts vitaux, son image, son message". On se pince devant tant de platitude désormais au sommet de l'Etat.

Où sont passés de Gaulle, Mitterrand et même Chirac ?

Macron déclame. Il est forcément ému. Il n'a que 39 ans.

Il ravale quelques sanglots. Puis Brigitte arrive et la foule a scandé, "Brigitte ! Brigitte !".

Lundi 8 mai, le jeune monarque est toujours souriant. On célèbre la fin de la Grande Boucherie, Hollande est souriant. Tout le monde est souriant. Ces sourires nous fatiguent déjà.

Après TF1 et France 3, voici C8 (Bolloré) et France 2 qui diffusent à leur tour des reportages/documentaires laudatifs sur le président élu. Le jeune candidat y apparait toujours souriant, mais cette Bliz-Krieg publicitaire est ... épuisante. 

Mardi 9 mai, journée anniversaire de la construction européenne, Emmanuel Macron apparaît sur ... Twitter et Youtube. Comme dans tous ses discours, Macron se répète mais avec des formules différentes. Il déclame beaucoup. Il abuse aussi de formules aussi cliquantes et creuses  qu'un slogan publicitaire comme "Je veux que l’Europe soit digne des promesses d’hier pour porter les promesses de demain." Ou encore: "Je ne serai pas un président assis". Oui, le climat, c'est "important" et la guerre, c'est "mal".

Le président élu publie un selfie, souriant, avec toute son équipe de campagne. C'est moderne. Cela ne changera pas l'avenir des salariés de l'usine Whirlpool d'Amiens.

Dans les rédactions et les partis, on s'interroge forcément sur la suite. Mais qui sera donc le premier ministre du nouveau monarque pour conduire la bataille des législatives ? On murmure les noms aussi sexy et modernes que ceux de Sylvie Goulard, Xavier Bertrand, Nathalie Kosciuko-Morizet, Bruno Le Maire. Il y a surtout le juppéiste etc maire de Rouen Edouard Philippe. Et ça négocie sec. Philippe veut venir avec des camarades juppéistes, cinq à 6 ministres, rien que ça.

Tu la sens, la rénovation ?

"En Marche!" est vite renommée "La République en marche!". Encore une fois, ça sent bon comme un slogan d'agence publicitaire. Et comment appellera-t-on les nouveaux élus ? Des Républicains comme ceux du parti de Sarko ?

Rendormez-vous.


Premières trahisons ... en marche
Jeudi, le suspense s'achève partiellement sur le futur dispositif politique du président élu: 428 candidats investis par le mouvement En Marche sont dévoilés. La moitié des retenus n'a aucune expérience d'élu, un renouvellement que l'on avait déjà constaté... au Front national lors des élections intermédiaires précédentes. 149 circonscriptions ne sont pas pourvues: les heureux investi(e)s ne sont que 428 et non pas 577 comme promis en début de semaine. Il fallait laisser de la place aux tractations en cours avec d'autres partis ou sous-partis en place - Parti socialiste, PRG, Parti Radical, la fraction juppéiste des Républicains et, surtout, le Modem de Bayrou.

Dans les circonscriptions laissées vides, il y a des surprises: 3 des 13 députés LR du fief sarkozyste des Hauts-de-Seine n'ont pas de candidat En Marche contre eux.

Il y a évidemment des couacs: un candidat du PRG refuse son investiture tant qu'il n' a pas "une parfaite information des engagements que (il) devra prendre". Puis un "membre de la société civile" et par ailleurs producteur de fictions télévisées est heureusement dégagé de son investiture après des tweets douteux sur Israël

Il y a aussi les déçus, au premier rang desquels... le meilleur allié de Macron, François Bayrou. La politique, même chez Monsieur Sourire, est cruelle.

Macron a sans surprise investi une large part de socialistes et proches du François Hollande, au point d'énerver déjà son meilleur allié François Bayrou: "C’est une opération recyclage du Parti socialiste. La grande lessiveuse. Je ne laisserai pas faire ça". Ce premier déchirement, grave tant le ralliement de Bayrou à Macron avait été décisif, surprend... ou pas. Vendredi, l'affaire est close, Bayrou a obtenu gain de cause et, surtout, près d'une centaine de circonscriptions supplémentaires. Il y a encore quelques responsables machinistes pour expliquer, avec le même sourire que leur mentor, que ce n'est pas "un accord d'appareil".

Autre déçu, et franchement humilié, Manuel Valls. Sur les ondes, l'ancien premier ministre déclare sa flamme et sa candidature sous la bannière En Marche. Patatras ! Il n'est pas investi. Les stratèges de la Macronista trouvent une parade: En Marche ne présentera pas de candidat contre Valls.

Tu la sens, la rénovation ? Rendors-toi.

Premières intox... en marche
Le quotidien Le Monde s'enthousiasme sur le processus inspiré du secteur privé - "plateforme", "séminaire de travail", "audition" pour recruter les candidats à l'investiture: inscriptions en ligne, algorithme et notations, puis auditions et, à la fin, arbitrage final par le PDG Macron. On nous endort avec des mots et des images. La réalité est différente: ainsi le maire socialiste de Sarcelles François Pupponi a confié publiquement sa surprise d'avoir été investi par En Marche pour les législatives sans jamais n'avoir postulé... Le fils de Marielle de Sarnez dément également vouloir une circonscription. Même Gaspard Gantzer, l'ex-conseiller ès communication de François Hollande décline son investiture.

En revanche, la belle-fille de Macron, Tiphaine Auzière, et tout le cercle proche (Richard Ferrand, Christophe Castaner, Benjamin Grivaux, etc), pour la plupart des quasi-inconnus du grand publics, ont sans souci obtenu une investiture.  

Ailleurs, on s'interroge et on s'inquiète sur le projet toujours flou du candidat Macron. "Le monde de l'école s'alarme", sans attendre l'investiture du président élu. "Marche ou crève" est le slogan de la Macronista, l'héritière souriante de Sarkofrance, écrivions-nous. Sur la retraite, la députée dépitée Karine Berger (PS) s'inquiète du projet macroniste de revenir sur la prise en compte de la pénibilité dans le calcul des retraites. Monsieur Sourire sait-il ce qu'est un travail pénible ? 

Le programme néo-libéral de Macron est connu. Yannis Varoufakis l'explique très bien. L'ancien ministre grec des finances avait appelé à voter Macron contre Le Pen, et quelques macronistes avaient compris qu'il soutenait carrément le programme de leur mentor. Il n'en est rien: "Voila pourquoi, Emmanuel, nous serons contre toi" écrit-il dans une tribune cette semaine. Dans les premières mesures promises par le candidat, la libéralisation du code du travail, et notamment placer les employeurs, et non les branches, en responsabilité de décider des conditions de travail.

Dimanche, Christine Boutin est furieuse. L'investiture de Macron remplace la retransmission télévisée de la messe. Boutin avait appelé à voter Marine Le Pen, cette candidate qui promettait aux immigrés légaux de ne plus toucher le chômage pendant 6 mois, et de retirer l'aide médicale aux clandestins malades. Pour celles et ceux qui croient en un Dieu, Christine Boutin mérite un stage en enfer, n'est-ce pas ?

Le Front national, méthode couée.
Et le FN dans tout cela ? Le FN, ce parti qui il y a quelques jours à peine était présenté comme aux portes du pouvoir par une coalition médiatico-politique bien organisée. Ce FN dont la candidate Marine a révélé son incompétence crasse lors d'un débat de second tour presque drôle tant elle était nulle et non avenue. Ce FN dont tous les sondages prévoyaient pourtant la défaite. Ce FN contre lequel nous furent sommés de voter quoiqu'il arrive, quoiqu'il en fut, et en faveur de n'importe quel candidat.

Bref, ce FN a tapé son plafond de verre, une fois de plus. La nouvelle défaite de Marine Le Pen passe mal. Bien sûr, la candidate frontiste a réuni 11 millions de suffrages sur son nom, un score glaçant et jamais atteint par l'extrême droite dans cette République. Mais la vague mariniste s'est arrêtée sous la barre des 35%, de surcroît face à un candidat mal aimé qui n'a pas obtenu le référendum républicain sur son nom qu'il espérait. Dès mardi, la jeune nièce Marion quitte le navire: elle ne sera pas candidate aux législatives de juin. Puis c'est Florian Philippot, l'omniprésent vice-président qui menace de partir à son tour si les ambiguités sur la sortie de l'euro ne sont pas levées.

Le Parti socialiste est à peine mieux loti. On attend qu'il disparaisse, sans doute pour renaitre plus tard. Tandis que Valls se précipite chez Macron, Hamon décide d'annoncer la création de son propre mouvement... Une réaction contre la décision du bureau politique d'abandonner les quelques mesures phare de son programme présidentiel pour la campagne législative (revenu universel et taxe sur les robots). Le PS officiel se prépare à être "Macron-compatible". Qu'il disparaisse chez En Marche sans faire trop de chichis. A droite, les mal-nommés Républicains ont également évacué de leur programme législatif les plus grosses outrances libérales du candidat Fillon comme cette hausse de TVA. Mais ça tangue. Bruno Le Maire annonce sa disponibilité pour travailler avec Macron. Estrosi quitte la présidence de la région PACA. Macron n'a pas encore réussi à faire exploser LR qu'il l'a brillamment réussi avec le PS.

La France insoumise lance sa campagne. Le programme est connu, il n'a pas changé. Les candidats sont prêts. Mélenchon se présente à Marseille, l'un des meilleurs scores, pour l'emporter contre LR et le FN, et surtout le candidat socialiste local Menucci. Forcément, ça dérange. Ce qui reste du PS aurait préféré que Mélenchon aille se faire les dents ailleurs, alors qu'il faut au contraire remplacer et vite, un PS en voie de disparition.

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Dimanche, François Hollande rend les clés de l'Elysée. On pensera à lui, quand même. Puisqu'il nous a débarrassé de l'ancien monarque. Et que cela n'était pas gagné.


Ami macroniste, marche ou crève.

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Bienvenue en Macronista: marche ou crève ?


Il a gagné, sans gloire ni surprise. Emmanuel Macron a été élu président de la République et simplement l'écrire témoigne du parcours accompli en une petite année.

"Marche ou crève" est le slogan de la Macronista, l'héritière souriante de Sarkofrance, un peu Bling Bling, plus pédagogique et plus libérale.



Le soulagement et la nausée.
La défaite de Marine Le Pen est une bonne nouvelle.

Dimanche 7 mai,  Emmanuel Macron est élu avec 66% des voix. Le score est finalement modeste, 20 millions de voix sur fond de chantage à la menace frontiste, mais 16 millions se sont abstenus, ont voté nul ou blanc. Marine Le Pen cache sa déception mais elle attrape tout de même 11 millions de voix. Son intervention télévisée est rapide. Une caméra l'attrape quelques minutes plus tard en train de danser tandis que sa nièce Marion fait part de déception et des "leçons qu'il faudra tenir". N'imaginez pas des clashs internes avant les législatives. Le FN va rester soudé jusqu'en juin.
"Je rejette fermement toute tentative médiatique qui voudrait me jeter contre Marine le Pen dans les jours à venir." Marion Maréchal Le Pen.
 Macron a remporté son "OPA dans un marché politique déprimé", commente Mediapart. A Saint-Denis, 84,1 % des votes se sont porté sur Macron, 15,9% sur Marine Le Pen. Même constat dans toutes les communes où la France insoumise avait réalisé ses plus gros scores.

Très rapidement, les ténors et sous-ténors s'affrontent sur les plateaux télévisés. Les Républicains restent incroyablement soudés, Mélenchon intervient vers 22h et ne dit pas autre chose: maintenant que Le Pen a été dégagée, il s'agit de gagner le scrutin législatif. Seuls les responsables du PS s'affrontent à fleurets mouchetés.

"Je ne vous oublierai pas" explique solennellement Macron peu après 21 heures. Il commet un second faux pas: "Je veux adresser un salut républicain à mon adversaire, Marine Le Pen." Quelle erreur!! Jacques Chirac en 2002 n'a pas commis pareille bêtise. Le Pen n'est pas un adversaire, elle est l'ennemi. Macron et ses partisans appelaient au front républicain pas plus tard que la semaine dernière. Pourquoi donc alors féliciter sa rivale que l'on désignait, à juste titre, hors du champ républicain voici 3 jours ? Au moins qu'il n'y ait un autre agenda: Marine Le Pen reste l'idiote utile du système, l'opposante idéale, celle qui permet tous les amalgames avec les autres opposants.

Le reste du discours est un ensemble de mots bien choisis.

On baille.

Macron tente de conserver un ton sérieux et une voix grave. Bizarrement, lui qui sait pourtant témoigner d'une sincérité chaleureuse la perd complètement lors de ce premier discours de président élu.

Il fait l'acteur débutant, tout paraît superficiel et creux. 




Les germes du Bling Bling
Vendredi 5 mai, sans attendre la victoire, Emmanuel Macron conviait déjà ses partisans à une grande fête place du Louvre. Après la fiesta prématurée à la Rotonde au soir du premier tour, l'ancien ministre de l’Économie continue les faux-pas.

Le jeune homme n'a pas encore l'outrance exubérante d'un Nicolas Sarkozy. Mais il multiplie les moments gênants.

Ce dimanche 7 mai, les germes du Bling Bling sont semés.

Vers 22h30, Macron arrive enfin place du Louvre, au pied de la Pyramide. La foule est plus nombreuse pour célébrer son "nouveau monarque présidentiel." Il traverse seul la cour depuis l'arrière au son de "l'Ode à la joie" de Beetho­ven, l'hymne européen. Troisième moment gênant, il avance trop coincé, la chorégraphie est trop préparée.

Le discours qui suit est à nouveau vide, effroyablement vide: "Nous ne cèderons rien à la peur, à la division, au mensonge, ni à l'ironie, à l'entre soi, à l'amour du déclin et de la défaite ".

Le malaise nous prend, trop vite. Il poursuit, grandiloquent et maladroit. Hors sol: "Ce soir, c'est l'Europe, c'est le monde qui nous regarde ! Ils attendent que nous défendions partout l'esprit des lumières, menacé dans tant d'endroits. Que nous défendions les libertés, que nous protégions les opprimés."

De quels opprimés parle-t-il ? Ceux qui subiront la réforme du code du travail qu'il veut entamer dès cet été par ordonnances ? Macron est ému, c'est bien normal. Il ravale des sanglots qu'il laisse éclater plus tard après la Marseillaise.
"Je rassemblerai et je réconcilierai car je veux l’unité de notre peuple et de notre pays."
Son discours terminé, son épouse Brigitte déboule sur scène. "Brigitte! Brigitte!" scande la foule. Puis des danseuses à demi-nue et en slip rouge arrivent et se déhanchent.

La cohabitation: "marche ou crève" ?
La France est-elle passée sous un régime parlementaire ? La question est posée.

Primo, Macron commet l'exacte même erreur que Chirac en 2002: élu par défaut, il se refuse à une alliance plus large que son projet. D'après les premiers sondages, à peine 16% de ses électeurs du second tour ont voté pour son projet, 8% pour sa personnalité. Ces scores appellent une humilité que Macron n'a visiblement pas.  Dès l'annonce des résultats, les proches de Macron annoncent sur les plateaux qu'il n'est pas question d'alliance, bien au contraire.  Le porte-parole Benjamin Griveaux promet ainsi qu'En Marche disposerait de 577 candidats: aucune alliance électorale n'est envisagée. "Marche ou crève!" le slogan demeure.

Najat Vallaud-Belkacem, ministre de l'Education nationale et candidate socialiste dans la banlieue lyonnaise se voit même confirmer en direct qu'En Marche investirait un candidat contre elle pour l'élection législative de juin prochain.

Secundo, tout porte à croire que Macron vivra en cohabitation dès le début de son quinquennat. Et la menace vient d'abord de la droite. La gauche est divisée, très divisée. Le PS va tenter la résurrection-zombie, EELV n'existe plus, et le PC tente une alliance avec la France insoumise.
Manuel Valls piaffe d'impatience pour rejoindre les rangs macronistes et obtenir une place quelque part. Des ténors hollandais, jusqu'au premier ministre Cazeneuve, offrent également leurs services au président élu. Mais d'autres, comme Najat Vallaud-Belkacem ou Guillaume Balas, prônent plutôt la vigilance. Le PS, dimanche, est incapable d'une position commune et cohérente.
"Au premier comme au second tour, c’est par défaut qu’à été élu Emmanuel Macron, au bénéfice d’un climat de défiance et de l’injonction à un vote prétendument utile dès le premier tour. Élu par rejet et non sur son projet, il n’a pas mandat pour mener la politique de destruction sociale et d’indifférence environnementale qu’il prétend mener." Communiqué d'EELV à la suite de la victoire de Macron.

Vers 22h30, Jean-Luc Mélenchon ne dit pas autre chose. Il lâche ce constat qui énerve:la pire présidence de la Vème république s'achève ce soir. Mais il prévient: Macron, "c’est la guerre contre les acquis sociaux du pays et l’irresponsabilité écologique".

La perspective d'une cohabitation avec cette droite qui pense que la victoire présidentielle lui a été volée est donc crédible. François Baroin a été désigné par les Républicains pour conduire la bataille des élections législatives. Interrogé peu de temps avant le second tour, il s'est rapidement projeté dans l'après-7 mai qui, pour lui, est déjà un après-Macron: "Nous allons avoir une plateforme gouvernementale, nous allons offrir un projet de redressement et d’alternance sans équivoque, nous allons mener une campagne qui sera la mère des batailles. Emmanuel Macron a gagné la bataille de l’ambiguïté, et nous remporterons la bataille de la clarté." Dimanche soir, il est toujours aussi clair. Et tous les ténors de droite, de Copé à NKM, de Ciotti à Estrosi, qu'elle qu'ait été leur position vis-à-vis du vote Macron pour le 7 mai, apparaissent tous incroyablement soudés et motivés à dépeindre En Marche comme un simple relooking esthétique de la Hollandie.

Macron va donc devoir s'atteler à une drôle de tâche: convaincre à droite que les Républicains sont inopérants alors qu'il vient de fermer la porte au nez d'un PS démembré.

Bon courage.


Pour les autres, ne lâchez rien.


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522ème semaine politique: 2007-2017: qu’on en finisse !

 

C'est l'heure du vote. Comme dix ans auparavant, quelques heures avant que ce blog politique n'ouvre sur son premier billet, l'électeur se prépare à accomplir son devoir. Mais la comparaison s'arrête là. Deux candidats ultra-minoritaires s'apprêtent à être départagés par un corps électoral fracturé, effrayé ou indifférent.


Il s'agit de dégager Marine Le Pen. Certains prétendent qu'il faudrait que sa défaite soit suffisamment large pour qu'une nouvelle nuit des longs couteaux démarre enfin au sein de l'extrême droite française. Marine Le Pen est la favorite des sondages depuis plus de trois ans. Des centaines de sondages l'ont prédit à près d'un tiers des suffrages au premier tour du Grand Scrutin, certains même la victoire finale. On a loué la "normalisation" et la "dédiabolisation" du Front national. Mme Le Pen a joué de cette tactique habituelle des repositionnements politiques réussis, la triangulation, en chipant à l'adversaire quelques-uns de ses thèmes fétiches - la laïcité et la protection sociale.

Elle a aussi mine d'abandonner les lubies antisémites de son paternel au profit d'une islamophobie systématique que Nicolas Sarkozy et ensuite François Fillon ont largement suivie. Et pour couronner le tout, les tentatives de pédagogie populaire à gauche, menée principalement par Mélenchon, ont été caricaturées et assimilées à l'extrême droite pour s'assurer d'un combat final simple, binaire et gagnant: Le Pen contre le reste du monde.

Bref, la voie était royale et dégagée pour propulser Le Pen vers des hauteurs électorales que l'extrême droite française n'avait jamais connues dans l'histoire du pays.

Cette manœuvre médiatique, collective et non coordonnée, a échoué. La disqualification rapide des champions d'avant - Sarkozy, Juppé, Hollande - et la campagne de la France insoumise ont bousculé le scenario prévu: Marine Le Pen a terminé seconde, avec un pénible 23% des votes, et dans un mouchoir de poche avec ses deux concurrents Fillon et Mélenchon: 600 000 voix à peine séparent Mélenchon de Le Pen, une broutille électorale.


La mariole
Mercredi 3 mai, le débat du second tour est un second moment de trouble: Marine Le Pen efface ces cinq années de "dédiabolisation". L'extrême droite est apparue telle qu'elle n'avait jamais cessé d'être: un mouvement qui revendique la haine sous toutes ses formes. Rictus systématiques, invectives en rafale, mensonges grossiers, jusqu'à terminer sur une insinuation de dernière minute qu'elle sort comme un jocker de la dernière chance: "J'espère qu'on n'apprendra rien dans quelques jours ou quelques semaines. Personne n'a compris vos explications sur votre patrimoine. [...] J'espère que l'on n'apprendra pas que vous avez un compte offshore aux Bahamas!" . Au même moment, sur les réseaux sociaux, via des comptes russophiles et avec le relais d'un site d'extrême droite américain, la photographie d'un faux relevé de comptes signé d'Emmanuel Macron circule. Le lendemain, l'imposture est démasquée, Macron porte plainte, ... et Florian Philippot s'indigne que la justice ouvre un enquête !

L'extrême droite n'est pas un adversaire, mais un ennemi.

La seconde fausse révélation de ce débat est l'incompétence crasse de Marine Le Pen qui pourtant se prépare depuis si longtemps à ce face-à-face avec le "Système". Elle lit très vite ses fiches comme si elle n'était pas sûre d'elle. Elle sombre dans des explications farfelues dès que Macron l'interroge sur la sortie de l'euro. Elle défaille sur quasiment tous les sujets, même les plus porteurs de l'extrême droite. En un an, Marine Le Pen révèle à 16 millions de téléspectateurs que son argumentation politique s'arrête à quelques invectives et dénonciations, sans aucune tentative de solution ni de compréhension.

Dès le lendemain du débat, les critiques internes contre la prestations de Marine Le Pen sont à peine voilées. Il suffira d'une énième défaite de Marine Le Pen pour déchirer la famille frontiste. On imagine bien la jeune Marion bouter sa tante, son compagnon, et leur valet Philippot hors des murs frontistes.  Jeudi, Le Pen se prend des oeufs aux cris de "Rends l'argent". On vient d'apprendre que son paternel s'était fait payer des vins de grand cru par le Parlement européen. Vendredi, cris à nouveau quand elle se rend à Reims. Désespéré, Philippot tweete une intox.


L'idiote utile
Jeudi, quelques éditocrates sont tout penauds, on les sent si surpris, presque déçus. Ainsi Laurent Joffrin de Libération s'étonne-t-il que Mme Le Pen fut aussi nulle: "ce qui m'a frappé c'est l'incompétence incroyable de Marine Le Pen. J'étais sidéré." Oui, on les sent presque déçus.

Marine Le Pen est l'idiote utile du Système: elle capte la colère sans lui donner un quelconque débouché politique positif. Elle amalgame toutes les oppositions, et permet au Système de lui assimiler toutes celles et ceux qui s'opposent avec la même virulence aux travers de l'époque. Combien de fois la France insoumise a-t-elle été classée dans le même camp que l'ignoble front mariniste ?  L'incompétence de Marine Le Pen est utile au Système pour convaincre qu'il n'y a pas d'autre choix. 

A l'étranger, son discours de haine est utile à Daech et ces fous de Dieu qui espèrent antagoniser musulmans et non-musulmans. En France, il permet aussi et surtout de convaincre une majorité de citoyens de faire front. Le front républicain ne sert pas la démocratie, il tait le débat démocratique. Même Edwy Plenel de Mediapart s'y met. Plus de la moitié de ce quinquennat a été dévoyé à consolider ce chantage: le front républicain contre le front national. Preuve en a été donnée ces quinze derniers jours. Une large part de la classe politique et des éditocrates n'attendaient que le ralliement immédiat et sans conditions à Macron de tous les candidats disqualifiés. Et qu'importe si Mélenchon et les insoumis étaient traités de pro-Chavez, de partisans de l'autocratie poutinienne, d'anti-européens, ou de jumeaux populistes du Front national quelques heures avant le premier scrutin! Au soir du premier tour, il fallait se soumettre. Et vite. Et sans broncher.

Malgré les oukazes, le chantage, et les manoeuvre, ce scenario a déraillé. 

Lundi, les résultats du vote interne de la France insoumise tombe: une moitié n'a pas voté, l'autre préfère aux deux tiers l'abstention ou le vote blanc pour dimanche. Les sondages disent autre chose sur le vote des insoumis: entre 45% et 54% pour Macron, un tiers d'abstention ou de vote blanc, et  13 à 14% pour Le Pen d'après les ultimes enquêtes avant la clôture de la campagne.


2007-2017, cruelle décennie. 
On pourrait remonter à 2002. Quinze ans pour retrouver l'extrême droite au second tour d'une présidentielle et réaliser qu'elle n'a pas changé, sauf en pire. Quinze ans sans s'interroger sur un échec politique collectif. La colère a monté, des pans entiers du discours xénophobes ont été légitimités à droite jusqu'aux frontières de la gauche, les crises économiques, sociales et internationales ont fait le reste.

2007-2017, une décennie et le même gout amer. En 2007, ce blog a ouvert au soir de l'élection de Nicolas Sarkozy, sur un constat effarant: comment Sarkozy avait-il pu faire gober son discours de rupture à une majorité de Français, alors qu'il endossait déjà une large et lourde responsabilité sur le bilan du quinquennat précédent. Dix ans plus tard, le même scénario se reproduit sous nos yeux ébahis. Emmanuel Macron va prendre la relève d'un Hollande disqualifié, alors que son "projeeeeeet" n'est que la prolongation, voire la fusion, des politiques socio-économiques conduites sous Sarkozy puis Hollande.

Le parallèle s'arrête là. Sarkozy a été solidement élu en 2007, il a ensuite vite sombré, et sa défaite en 2012 a été acquise de justesse en 2012 grâce à une mobilisation antisarkozyste puissante. A en croire les sondages, Emmanuel Macron sera élu largement contre Marine Le Pen. Sa propre qualification au premier tour de la présidentielle a été doublement fragile: son score de 24% des suffrages est le plus plus faible d'un vainqueur de premier tour depuis 2002. Et il l'a obtenu grâce à un réflexe de vote utile et non sur son projet.

La "Macronista" est un colosse aux pieds  d'argile. La fulgurante ascension publicitaire de Macron a précipité la fusion des centres libéraux et la disparition du PS. Mais il faut relativiser le succès du macronisme. Le renoncement de Hollande à se représenter a tout accéléré. Il a été rendu possible par le démarrage anticipé de la campagne de Macron dès l'été 2016 et de l'hostilité forte interne des frondeurs du PS à l'égard de sa politique. Pris en étau, Hollande a été poussé dehors. Macron n'a pas convaincu. L'abstention et le vote blanc sont prévus élevés. L'indécision est manifeste dans les sondages. Même le débat du second tour a réalisé le pire score télévisuel de cet exercice.

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Macron sera élu et ne fera pas grand chose. Il prolongera ce qui n'avait pu être prolongé, il lancera des chantiers symboliques, il applaudira au retour de la croissance, mais il sourira souvent. Macron est le ravalement de façade d'un bâtiment qui s'écroule sur ses fondations.

Les Français vont élire le digne héritier de Valéry Giscard d'Estaing.

Clap, clap, clap.



Ami(e) citoyen(ne), vote, et qu'on en finisse. 

La suite nous attend.




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Emmanuel Macron et Marine Le Pen répondent aux critiques

Dans deux jours, le second tour de l’élection présidentielle se tient. Les deux candidats en lice font le tour des médias avant la fin de la campagne officielle. Interrogé sur son éventuel Premier ministre, Emmanuel Macron est resté secret. Pointée du doigt y compris par son père sur sa prestation pendant le débat, Marine Le Pen a balayé ses accusations.

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