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525ème semaine politique: Macron, la rupture pour les Nuls.

 

Où il est question de cette chronique d’un changement qui ne vient pas et des premiers (faux) pas du jeune monarque.

Emmanuel Macron est en Italie, premier G7,  on publie quelques photos glamour du couple Trudeau/Macron.

La presse se félicite aussi de cette poignée de mains « virile » avec Donald Trump. On sur-interprète, on commente, on glause sur cette preuve de testostérone diplomatique, pour le plus grand bonheur des publicitaires de l’Elysée.  Trump aurait été « anéanti«  nous explique, sans rire, L’Obs.

Pour les plus attentifs, cette séquence en rappelle une autre, vieille de 10 ans. Sarkozy tout sourire avec Poutine, dans la même posture « virile » que l’actuel jeune monarque. Nos chroniqueurs ne disent pas si les deux apprentis ont ensuite commenté les attaques occidentales en Syrie qui tuent au même moment une centaine de civils dont une trentaine d’enfants .

A Manchester, un attentat suicide décime les spectateurs d’un concert de la jeune chanteuse Ariana Grande. Macron rappelle aussitôt son dispositif centralisé à l’Elysée en matière de lutte contre le terrorisme. Et promet une énième loi antiterroriste. Un cadre de la police nationale, anonyme, commente sobrement dans les colonnes du Monde: « Si on lève l’état d’urgence, on dispose des outils juridiques pour compenser. Ce n’est pas une problématique technique, c’est une problématique d’affichage politique. »

Oui, c’est une question d’affichage politique.

Comme avant.

Sorties de route
Quand on promet le renouveau avec fracas, quand on conduit sa candidature jusqu’à la victoire suprême en braillant que tout sera différent, le moindre et premier faux pas est sur-analysé. La remarque vaut pour toutes les obédiences politiques.

Ainsi Marine Le Pen n’a-t-elle pas fini de digérer ses déboires judiciaires. Elle promettait le ménage, et de remettre la France en ordre. Voici qu’elle refuse de se rendre aux convocations de la justice. Son parti, son trésorier, des proches ont été mis en examen pour fraude au financement électoral. Elle-même et ses députés européens sont accusés d’emplois fictifs et de détournement de quelque 6 millions d’euros de fonds publics. Voici cette semaine qu’une autre affaire déboule: la justice « se demande si des amis de la présidente du Front national n’ont pas financé certaines activités privées avec de l’argent public versé au parti d’extrême droite pour rembourser les frais de campagne des élections régionales de 2015 » révèle Le Monde.

Mais Marine Le Pen a de la chance, son coeur électoral ne semble pas lui en vouloir outre mesure.

François Fillon a au contraire sombré quand sa cupidité personnelle, élevée au rang d’entreprise familiale, est devenue une affaire judiciaire: cadeaux sompteux, emplois fictifs, lobbying occulte, l’ancien premier ministre qui s’était construit une image de père-la-rigueur qui n’a pas résisté à l’épreuve des faits. Il a trébuché et précipité son propre camp vers la défaite à une élection que d’aucuns jugeaient imperdable.

Emmanuel Macron promet aussi le changement. Il a remporté l’élection présidentielle sur cela, une promesse de changement surtout dans les pratiques (puisque son programme politique s’inspire directement des politiques conduites par Hollande et Sarkozy), un changement incarné par de prétendues nouvelles méthodes (notamment de recrutement des candidats macronistes) et une large part de nouvelles têtes tant à l’Elysée qu’au gouvernement et à l’Assemblée nationale. Sa simple jeunesse propulsée en si peu de temps à l’Elysée a ravi les naïfs.

Mais le marketing politique a ses limites, celles de la réalité des faits. Les principaux médias tentent de poursuivre cette jolie comptine, la chronique rassurante du président sourire. Cette stratégie du sommeil a des ratés.

La rupture ?

La fusion UMPS est-elle une rupture ? Oui… et non. Cette fusion politique, si elle génère craquements et sifflements chez les deux partis historiques, ne signifie aucune rupture sur le fond du programme.

On réalise aussi assez vite que la promesse de parité à l’exécutif est un leurre. Sous un nombre plus restreint de ministres se cache une domination masculine quasi-complète, tant sur les ministères d’Etat qu’au sein des cabinets gouvernementaux ou à l’Elysée. La macronista est une affaire d’hommes.

Comme Sarkozy hier, Macron s’équipe d’un gouvernement-bis plantureux et relègue son premier ministre Edouard Philippe au rang de « premier collaborateur ». A l’encontre des médias, la pression contre les critiques est si forte que l’Elysée décide de filtrer et choisir, comme au bon vieux temps. Last but not least, Mediapart dévoile comment la campagne Macron a été financée par l’agilité et le carnet d’adresses de quelques anciens dirigeants de banque en un temps record.

Emmanuel Macron n’a pas installé son gouvernement que d’autres ennuis commencent. 7 jours après son arrivée au ministère de la Cohésion des Territoires, le député socialiste et secrétaire général d’En Marche Richard Ferrand est pris à son tour dans une affaire révélée par le Canard Enchaîné: quand il en était directeur, les Mutuelles de Bretagne ont décidé de louer un bien immobilier à la SCI de sa compagne, un montage immobilier juteux qui a permis au couple d’acquérir le dit bien. Rien de grave, tout va bien, explique le nouveau porte-parole. Il parait même qu’il ne faut plus s’indigner. Autre révélation, le même Ferrand a embauché son fils comme assistant parlementaire pendant 4 mois, largement au-dessus du SMIC. Mercredi, quand le ministre s’explique, son propre cabinet aggrave son cas d’une formule malheureuse et insultante: « Je vous invite à aller faire un tour en Centre-Bretagne. Ce n’est pas simple de trouver un jeune, volontaire, pour travailler cinq mois, qui sait lire et écrire correctement, aller sur Internet. »

Plus tard, c’est un autre candidat macroniste qui fait les frais d’une enquête de Mediapart sur l’utilisation de son indemnité parlementaire. La macronista avait pourtant promis que les candidats avaient été choisis sur la base d’une évaluation digne des plus grands cabinets de recrutements, au risque de laisser quelques personnalités de renoms sur le bas côté.

Bref, la rupture dans la méthode et les pratiques n’a pas eu lieu au moment où on l’attendait le plus, ces premiers jours d’un quinquennat où chaque pas du jeune monarque est nécessairement scruté avec la plus grande attention.

Ami(e) citoyen(ne), marche ou crève !

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