510ème semaine politique: l’élection présidentielle la plus ridicule

Où il est question d’un candidat qui caracole dans les sondages sans programme, d’un ex-favori qui paye dans les sondages ses abus familiaux avec l’argent du contribuable, et d’une gauche qui pourrait se retrouver qualifiée si tant est qu’elle le veuille vraiment; bref de la plus ridicule des élections présidentielles que la Vème République ait connue.

L’illusionniste
Il stresse, le jeune candidat. Il stresse. Son agence de pub a fait fuiter dans la presse, et d’abord le Figaro, que les services secrets russes sont après lui. Pour preuve, ces méchantes rumeurs sur sa vie privée relayées par deux sites pro-russes, armes de propagande massive pour l’autocratie poutinienne, les mal nommés Sputnik et Russia Today. OMG!

Effectivement, Sputnik relaye rapidement des propos pourtant sibyllins de Julian Assange qui prétendait détenir des informations privilégiées sur Macron à un autre journal russe. Le site pro-russe a laissé de larges colonnes à un député LR qui s’autorise à accuser ainsi le nouveau chouchou des sondages: « Il y a un très riche lobby gay derrière lui. Cela veut tout dire. » Tout dire ?
Nicolas Dhuicq, député Les Républicains (LR) de l’Aube, est réputé pour son dilettantisme parlementaire qui frise l’absentéisme crasse malgré l’absence de sanctions. Le même Dhuicq établissait un lien entre homoparentalité et terrorisme en 2012. Le même Dhuicq avait lui aussi embauché son épouse Catherine comme assistante parlementaire.

De son côté RT a multiplié les attaques contre Macron: « Emmanuel Macron est-il le candidat de SFR Presse et Altice ? » (9 février), « Emmanuel Macron, une escroquerie absolue » (3 février), ou encore  « Emmanuel Macron protégé médiatiquement, François Fillon «pas un homme de système» » (3 février).

Macron, victime d’un complot pro-russe ? A vrai dire, là n’est pas l’important. Emmanuel Macron est devenu le nouveau chouchou des sondages, le prochain victorieux désigné de l’élection présidentielle.

Jeudi, la nouvelle fait l’effet d’un choc: Fillon s’effondre un peu plus dans les sondages, à 17 ou 18%, tandis que Macron caracole désormais en seconde position, 20 ou 21% derrière Marine Le Pen. Comme la blonde présidente n’aurait théoriquement aucune chance, Macron serait donc notre nouveau président.

Ne riez pas. 

L’homme n’a dévoilé quasiment rien de son « projeeeeeeet« . Son programme officiel est inexistant. Quand il commence à le dévoiler, on est saisi d’effroi: le garçon est un croisement raté entre Hollande et Juppé. Macron élu, c’est Hollande réélu, un Hollande décomplexé, un Hollande libéré de ce fardeau qui s’appelle la défense des plus pauvres, l’attention aux acquis sociaux de longue lutte, le primat de la loi qui libère sur le libéralisme qui opprime.

La « Macronomie » est un prolongement évident, douloureux, inefficace du quinquennat précédent. « Les propositions du candidat d’En Marche s’inscrivent dans le droit fil du pacte de responsabilité, du CICE ou de la loi Travail » nous explique un essayiste souverainiste dans les colonnes du Figaro. Cette semaine, Macron dévoile ses « propositions » en matière écologique. Le vide absolu, un propos inconséquent digne du siècle d’avant. Il y a d’abord les habituelles platitudes de communicants – « Nous sommes en train de surconsommer et de fragiliser notre planète, de détruire ce qui est notre commun » – ou encore, ne riez pas: « Être écologiste aujourd’hui, c’est se préoccuper de l’humanité ».

Dans cette « réalité alternative », Macron est écologiste. Ne riez pas. Ses propositions sont maigres: fermer les 5 centrales à charbon en France, défense des « mines responsables » en Guyane (ne riez pas), poursuite des recherches sur le gaz de schiste et de la recherche sur les OGM. Macron est resté flou sur les moyens de réduire à 50% la production électrique nucléaire. Il promet aussi « 32% d’énergies renouvelables ». Il veut même simplifier les « procédures pour raccourcir les délais de raccordement au réseau électrique des installations solaires ou éoliennes.« Macron reprend différents objectifs non atteints par François Hollande –  500 000 rénovations thermiques de logements par an, interdiction des pesticides néonicotinoïdes d’ici 2020. 

La prédatrice

Jeudi soir, Marine Le Pen a les honneurs d’une émission en prime time sur le service public. La dame se fait rare dans les médias, même si son lieutenant Philipot truste la quasi-totalité des plateaux radio-audiovisuels chaque jour. Le Pen s’enfonce dans les mensonges et les approximations. On appelle cela la « réalité alternative« , un monde sans faille, binaire et détestable telle que l’extrême droite sait les créer dans ses discours. Elle s’effondre quand elle tente d’expliquer la relève de l’euro par le franc. Elle patauge quand la ministre de l’Education nationale Najat Vallaud-Belkacem ose lui porter le fer. Elle esquive quand on lui rappelle les affaires de détournements de fonds publics, nombreuses, qui frappe des élus du FN. Elle ment quand elle se réclame du droit des femmes.

Le clou du triste spectacle fut l’intervention de Patrick Buisson. L’ex-vizir de Nicolas Sarkozy, expert en écoutes clandestines, ancien éditeur de chants nazis et ex-directeur de Minute, est invité pour interviewer Marine Le Pen.

Formidable service public, la recherche du buzz, une vraie honte.

Marine Le Pen comme son compagnon Louis Aliot sont très silencieux sur l’affaire du moment. Marine a embauché Louis comme attaché parlementaire européen, « à temps partiel » précise M. Aliot mercredi sur France info, pour 5 000 euros mensuels. Ces comportements de prédateurs de l’argent public sont coutumiers au Front national. Rappelons qu’une enquête est toujours en cours sur un détournement des remboursements de frais de campagne pour les élections cantonales de 2011, présidentielle et législatives de 2012, municipales, européennes et sénatoriales de 2014, départementales et régionales en 2015.

Sur une autre station du service public, un représentant syndical policier explique que Bamboula est une insulte « convenable. » Le débat porte sur ce jeune Théo, violé par un policier à Aulnay-sous-bois. Théo est noir. Cela suffit à la fachoshère pour se déchaîner. L’ancien leader du GUD, ce groupuscule neo-nazi et violent, se livre à coeur joie sur les réseaux sociaux. A Aulnay, malgré les appels au calme de Théo, des soirées d’émeute. L’IGPN explique que la fissure anale de 10 cm est un dommage « involontaire« .  Quelques policiers, soutenus par l’habituelle racaille raciste, défende le « viol involontaire« .

Le magouilleur
François Fillon a encore tout donné pour sortir de son affaire. Le #PénélopeGate est d’abord et surtout un naufrage personnel. Mardi, le chantre de la Vroite fait face à 200 journalistes pour dénoncer, pêle-mêle, « Dix jours de lynchage médiatique« , « le tribunal médiatique« , « une opération montée pour (…) effacer le choix des électeurs de la primaire« . Il « s’excuse » devant les Français, mais il nie tout délit.

Pourquoi s’excuser alors ? L’hypothèse d’un plan B est enterrée à coup de chantage – sans Fillon, ce sera la ruine de la droite française. Ses proches décident aussi de fustiger, comme leur mentor, la presse. Cette trumpisation des esprits, certains pourtant brillants et démocrates, est effarante. Qu’auraient du faire « les médias » ? Se taire, se coucher et sagement commenter les petites phrases du candidats Fillon sur la fraude sociale, l’assistanat et la Sécu-qui-coûte-trop-cher ? 

Lundi, Fillon balance un nouveau mensonge avec une assurance qui trouble ses proches soutiens et jusqu’à l’électeur: l’extrait télévisuel d’une interview de Pénélope Fillon où elle déclarait n’avoir jamais été « assistante » de son mari aurait été « sorti de son contexte » contre la volonté de l’auteure journaliste. Laquelle journaliste, en direct sur Twitter fustige Fillon pour ce énième mensonge. Puis deux jours après, voici France 2 qui diffuse l’intégralité de l’interview de 2007.

« Je n’ai jamais été son assistante ou quoi que ce soit de ce genre. » Pénélope Fillon, 2007

Fillon est plombé, « baisé » commente Charlie Hebdo. Impossible de se renoncer, trop fragile pour continuer. Les premiers sondages révèlent qu’il n’aurait même pas convaincu son camp.

Les révélations se succèdent: Fillon lui-même, dans son exercice tardif de transparence, dévoile enfin les riches contributeurs qui ont permis à sa micro-société 2F Conseil d’empocher 757 000 euros en trois ans: on y retrouve AXA qui a tout à gagner de la privatisation promise de la Sécurité Sociale, et FIMALAC, l’employeur de Pénélope Fillon…

Pire, après son emploi d’assistante parlementaire pour lequel les preuves de réalité tardent à être apportées à la justice, Pénélope Fillon aurait reçu une indemnité de licenciement de 45 000 euros, toujours sur les fonds du contribuable. Puis Fillon explique que ses deux enfants, également rémunérés sur son enveloppe parlementaire pour 3 et 4000 euros mensuels chacun pendant quelques mois l’ont aidé, l’un à écrire son programme politique, l’autre l’un de ses derniers livres. Deux missions sans rapport avec le job d’attaché parlementaire. Mieux encore, il est assez probable que l’emploi de la fille soit totalement fictif. Il faut comprendre François. François a des frais. D’après le magazine Capital, peu suspect de gauchisme, l’entretien du château familial dans la Beauce lui coûte entre 5 et 7 500 euros par mois. Une dépense à 85% couverte par les indemnités parlementaires que Fillon a attribuées à ses proches.

Mercredi, lettre ouverte aux Français dans le premier quotidien régional, Sud-Ouest. On n’y apprend rien, Fillon répète les mêmes arguments hors sol et à côté du vrai sujet. Rien n’y fait. A côté, la Fillonsphère rejoint la fachosphère pour propager quelques saloperies mensongères sur la fille du fondateur de Mediapart, en pointe dans la dénonciation des abus fillonesques. L’extrême droite, quelque soit son véhicule, utilise les mêmes ressorts.  Jeudi, ses deux enfants Charles et Marie terminent 7 heures d’audition devant la la police. Le même jour, les avocats de ce candidat qui réclamait que la Justice fasse rapidement son travail demande au parquet de se dé-saisir.

Allez comprendre.

Fillon est un boulet, un « cauchemar pour communicant » explique bien justement les Jours. « Confrontées à des accidents industriels, les entreprises sont contraintes de retirer des modèles défectueux du marché« . C’est peu de le dire. Fillon ressemble à un accident politique, un de plus. Un faux social, faux gaulliste, qui s’est décidé à embrasser un discours et un programme de rigueur pour les autres, surtout les plus modestes, quand lui-même se goinfre sur l’argent public pour financer « légalement » ses besoins familiaux.

L’espoir ?
Dimanche, Jean-Luc Mélenchon s’amuse et l’emporte sur le terrain de la fréquentation avec son double meeting, l’un sous forme d’hologramme – plus de 800 000 spectateurs et téléspectateurs au total. Le candidat de la France insoumise suit son programme. Chaque meeting est thématique, et lui permet de dérouler, justifier, argumenter sur son programme. C’est médiatiquement moins vendeur que le vent de l’illusion macroniste ou les petites phrases de l’autodéfense fillonesque. Mais c’est politiquement plus instructif, riche et nourri.

« Le continent numérique doit être rendu au peuple «  Jean-Luc Mélenchon

Ainsi dimanche, le candidat déroule ses propositions: suppression d’Hadopi (?), protection des données personnelles, soutien à la création de jeux vidéo, réforme du droit d’auteur, neutralité du Net, promotion du logiciel libre, et rupture des contrats entre Microsoft et l’éducation nationale et l’armée, lutte contre l’optimisation fiscale des géants du Web, etc. Puis c’est l’Europe, et Mélenchon d’expliquer les contours imprécis du nouveau traité européen en cours d’étude à Bruxelles et Strasbourg: « On se dirige ainsi sensiblement vers une UE de plus en plus autonome des États sur le plan économique. Évidemment en figeant la règle libérale comme un absolu.« /

Melenchon est gêné par le ralliement probable du candidat EELV, crépusculaire mais sympathique, Yannick Jadot, avec Benoît Hamon. Lequel Hamon n’a pas encore réussi à rallier l’intégralité du PS à sa cause. L’absence de positionnement clair de Hamon (mais de qui donc est-il le candidat ?) le coince. Légèrement favori dans les sondages, il refuse de s’aliéner la frange droite du PS contre laquelle il s’est pourtant fait élire. Hamon, comme Macron, tente de surfer sur cette ambiguïté.

Quand on vous dit que cette élection est devenue ridicule…

Ami citoyen, il y a une autre voie.

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