399ème semaine politique: Hollande part en campagne !

 

Il faudra retenir la date, le 23 décembre. François Hollande est à Saint-Pierre-et-Miquelon, et il lance sa campagne de réélection. Avec deux années d’avance, une popularité en berne, de mauvais records qui s’accumulent. 

A la même époque de son mandat, Sarkozy cherchait à se « présidentialiser« . Son début de quinquennat, Bling-Bling, vulgaire et agité, avait laissé des traces. Hollande n’a pas ce souci. Il en a d’autres. Cette semaine, les médecins généralistes sont en grève. C’est Noël. En cause, la généralisation du tiers-payant, une mesure éminemment sociale qui permet à tout à chacun de ne plus avancer les frais de soins.

 « Il ne faut pas céder à la panique ». Hollande est là quand il faut réagir à une succession de faits divers sanglants. Dimanche, un déséquilibré fonce en voiture sur des passants à Dijon (13 blessés). Un autre fait de même à Nantes (10 blessés). A Joué-lès-Tours, trois policiers sont blessés à l’arme blanche par un troisième fragile de l’esprit. Seul ce dernier est qualifié de « terroriste« . Manuel Valls enfonce le clou: « Jamais nous n’avons connu un aussi grand danger en matière de terrorisme« .

François Hollande part en campagne pour sa réélection. Le Figaro et quelques opposants à droite en sont certains, mais interloqués. Il enchaîne les « déplacements de terrain » et « les échanges avec des élus de sa majorité ou des Français. » Cela n’a pas grand chose à voir avec le cirque médiatique des tables-rondes hebdomadaires de l’ancien monarque, que Sarkozy couplait avec des meetings secrets avec des poignées de militants dans toutes les villes de France.

Hollande aurait arrêté la méthode Coué. Il cesse de promettre la baisse du chômage, la reprise économique et les lendemains qui chantent.

« Si vous voulez gagner une élection, ne dites pas que vous allez la perdre » François Hollande.

Hollande part donc en campagne, à la reconquête de l’opinion alors que les nouvelles restent graves, et son avenir sans issue. Le message est presque officiel: « On se rapproche de 2017. On est dans la conquête, la dynamique, le mouvement » a expliqué le chef de l’Etat. Cette semaine, à Saint-Pierre et Miquelon où il était en déplacement, quelques conseillers répétaient l’argument. Une journaliste du Figaro n’en revient pas. L’année avait beau se terminer aussi désastreuse qu’elle s’était déroulée, Hollande était optimiste. Il croit en sa bonne étoile. 2015 s’annonce tout aussi mauvaise, avec des élections cantonales où l’on nous promet déjà la victoire du Front national par chaos général. Mais Hollande y croit: « Il faut se battre, on se bat » glisse-t-il. « Ma capacité à tenir, à avancer, est maintenant démontrée. Les Français l’ont vu. »

Les supporteurs rassemblent leurs arguments. Il paraît que les impôts vont baisser l’an prochain pour le tiers inférieur des imposés au revenu. On pourrait aussi rappeler que l’équipe Hollande a très largement aligné la fiscalité du capital sur celle du travail, n’en déplaisent à quelques grincheux. Cet argument porte peu, puisque la (curieuse) promesse de campagne d’une taxation à 75% des revenus supérieurs à un million d’euros était définitivement enterrée. Les autres renoncements du candidat Hollande devenu président (taxe sur les transactions financières, loi de séparation bancaire) en matière de lutte contre la finance ont achevé de convaincre de l’échec.

Le gouvernement publie, non sans humour, un « kit de réponses » aux 10 questions pièges qui attendent ses (rares) supporteurs lors des dîners de fin d’année.

Hollande part en campagne, on lui a offert un labrador noir pour Noël, comme François Mitterrand en son temps. Il a invité des « personnalités du monde la culture » à dîner. Lou Doillon, Joey Starr ou Dominique Besnehard ont eu les honneurs de la table élyséenne.

Sur le front des sans-emplois, les nouvelles ne sont guère meilleures. Pôle emploi a enregistré 27.400 inscriptions supplémentaires de sans-emplois en novembre, soit près de 200.000 sur 12 mois glissants. La mesure est incomplète. On estime à près de 6 millions le nombre de personnes en recherche d’emploi. L’année 2014 est aussi terrible que les pires années de Sarkofrance. Seuls les ultra-fans de l’ancien monarque font mine d’oublier le bilan de leur mentor.

Le chômage continue de battre tous ses records. Comme le nombre de SDF en France. L’information émeut un peu. La France de 2014 ne sait pas loger 9.000 personnes – soit 52 % des demandes d’hébergement d’urgence. 9000 personnes donc laissées à la rue. La mairie (UMP) d’Angoulême fait grillager quelques bancs publics pour éviter que des sans-domicile ne s’y reposent. La semaine précédente, l’office HLM de Saint-Ouen menaçait d’expulsion ses locataires si ceux-ci ne dénonçaient pas la présence de SDF dans les halls d’immeuble.

Hollande part en campagne avec deux années d’avance, comme Sarkozy en 2010. L’ancien monarque, chantre du primat du curé éclairé sur l’instituteur athée, l’homme de l’ineffable discours de Latran de 2007, ce même Nicolas Sarkozy a conclu l’année 2014 par des voeux célébrant la laïcité et le cumul des mandats. Sarkozy sait ramer à contre-courant, et faire oublier d’où il vient.

Hollande part en campagne, mais on ne sait pas sur quel programme, ni avec quelle majorité. Mais pour les commentateurs, c’est déjà largement suffisant. Alimenter la chronique d’une (re)conquête ferait presque oublier l’essentiel.

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